Dans le Mexico d'aujourd'hui, Jonas et Gerado s'aiment d'un amour pur et sincère. Un film à la fois sensuel et émouvant.
Surtout, d’emblée, un petit conseil : ne vous fiez surtout pas à la bande-annonce putassière et racoleuse, prétexte à montrer étreintes et corps d’éphèbes sur musique techno. Le film de
Julian Hernandez ne méritait absolument pas un tel châtiment tant il s’avère être beaucoup plus subtil que ces images syncopées ne le laissent entendre car, si ces dernières sont sûres d’attirer le public gay, elles risquent, à contrario, de laisser froid le cinéphile à la recherche de bons films. Et pourtant
El Cielo dividido est plus qu’un bon film.
Derrière son sujet minimaliste (un couple s’aime, tente de se séparer, n’y arrive pas…), le long-métrage parle d’une chose universelle, la recherche puis l’effacement du premier amour. Aussi, ce serait une grande erreur de « ghettoïser » un film qui parle non seulement très bien de l’amour entre hommes mais également de l’amour tout court. En effet, rarement, le sujet aura été traité avec autant de tact et de sensibilité sinon dans
Le secret de Brokeback mountain échappant du même coup à la multitude de clichés qu’on peut généralement voir véhiculer lorsque l’on aborde le thème des relations homosexuelles. Ici, hormis une ou deux scènes sobres mais explicites, pas de drogues, de dépressifs, de serials killers (à ce sujet, voir la ressortie de l’homophobe Cruising de
William Friedkin dans quelques semaines…), non ! Juste de la tendresse, de l’amour et comme dans toute vie d’être humain du bonheur mais également de la tristesse. On ne saurait trop conseiller aux femmes de visionner
El Cielo dividido qui, à l’instar du film d’
Ang Lee, risque de les bouleverser.
Certes, le film est long (2h20) et d’une langueur qui emprunte au cinéma asiatique, du taïwanais
Hou Hsiao-Hsien (
Millenium mambo,
Three times) au thaïlandais
Apichatpong Weerasethakul (
Blissfully yours,
Tropical Malady). On pense aussi au compatriote mexicain de
Julian Hernandez,
Carlos Reygadas (
Japon,
Batalla en el cielo). Bref, du cinéma contemplatif qui renvoie à plusieurs grands cinéastes d’aujourd’hui dont la comparaison peut faire de l’ombre au réalisateur. Tout aussi hypnotique et passionnant que les films susnommés,
El Cielo dividido souffre néanmoins de quelques faiblesses (travellings circulaires à 360° systématiques, scènes répétitives…) qu’on pardonne bien vite à la vue des nombreuses scènes poignantes qui étayent le métrage. Une expérience à tenter donc tout en sachant ce qu’on va voir (encore une fois, l’anti-thèse de la bande-annonce). Si les trois personnages masculins sont réellement attachants, ce sont davantage les seconds rôles féminins (la mère, la petite amie) qui nous réservent nos plus belles émotions. Le film dans sa globalité est d’une beauté à couper le souffle et on n’en regrette que davantage ses petits défauts (un romantisme un peu exacerbé peut-être que certains prendront pour de la naïveté).
Les chansons du film, par exemple, ont tendance à ralentir la vigueur du propos et le sujet perd un peu de son intérêt vers le milieu du film, quand on comprend que malgré sa beauté formelle, il ne se passera pas grand-chose du point de vue de l’action. Film qui doit se voir comme une parabole de l’Amour avec un grand A,
El Cielo dividido va, c’est certain, diviser le public mais il n’en reste pas moins un film d’une force exceptionnelle, à la réalisation foisonnante. Il est dommage qu’il soit réservé au public parisien et qu’il faille se déplacer dans le centre de Paris pour avoir la chance de le voir, mais on saluera quand même le courage du distributeur Wes & Co qui a osé présenter l’œuvre dans une salle unique, ce qui, d’un point de vue commercial, est plutôt risqué. Les autres devront attendre une éventuelle sortie DVD pour savourer ce film dont il ne faut pas sous-estimer les qualités, qu’elles soient purement émotionnelles ou d’ordre esthétique. Signalons qu’
El Cielo dividido a été présenté dans plusieurs festivals dont le Festival international de films de Berlin. En compétition officielle, il n’a reçu aucune récompense et on est en droit de le regretter. Sorti en catimini, El cielo dividido méritait qu’on lui accorde plus d’attention à l’égard de son traitement formel et narratif. Du beau cinéma pour un grand moment d’émotion.