David Fincher nous arrive cette année avec un Zodiac, relatant la traque irrésolue d’un tueur, sélectionné au Festival de Cannes.
David Fincher s’est imposé au cours des années avec un style bien à lui. Adulé par certains ou conspué par d’autres qui trouvent que ses films donnent dans l’esbroufe visuelle, le réalisateur arrive cette fois avec le récit d’un fait divers qui se déroule sur 2h40 d’un film impressionnant. Oui, impressionnant est le mot qui convient le mieux à ce métrage, relatant l’enquête infinie pour démasquer le Zodiac Killer, qui arrive à tenir le spectateur en haleine sur cette longue durée sans pourtant comporter aucune scène d’action. L’absorption réussit à être totale grâce à la maestria de la mise en scène de
David Fincher, qui minimalise au maximum les démonstrations visuelles comme pour faire taire ses détracteurs et démontrer qu’il est tout à fait capable de mener un récit de façon plus classique.
Il réussit à doser parfaitement les montées et baisses de tension d’un film qui impressionne et passionne par son côté archi-documenté, toutes les facettes de l’enquête nous étant démontrées avec minutie, nous faisant voyager sur une durée d’une vingtaine d’années. Le réalisateur arrive à instaurer une atmosphère faite de frénésie et de doutes qui parcourent ceux qui enquêtent, comme il réussit à amener des scènes de meurtres qui marquent, le tueur apparaissant pendant l’une d’elles avec une cagoule et un physique trapu, le faisant passer pour un boogeyman effrayant. La reconstitution des années 70 est très réaliste et met une touche finale à l’ambiance emballante de l’œuvre.
Inspiré par l’œuvre de Robert Graysmith, le film s’attarde autant sur l’enquête que sur le parcours individuel de trois personnages denses et brillamment incarnés par des acteurs en grande forme. Robert Graysmith justement, dessinateur dans un journal, est incarné par un
Jake Gyllenhaal qui confirme tout le bien qu’on pense de lui depuis un moment.
Robert Downey Jr. est parfait dans son rôle de journaliste qui se noie dans l’alcool, étant forcément ultra-crédible puisque lui-même a vécu ce passage dans sa vie. Belle prestation également pour
Mark Ruffalo en flic déterminé, qui ne nous avait pas habitués à jouer un rôle aussi étoffé d’aussi belle manière. L’histoire et le parcours de ces trois personnages sont bouleversés par cette enquête où le tueur mène tout le monde en bateau, chacun voyant sa vie privée affectée, encore plus pour Graysmith dont la quête de vérité tourne à l’obsession au détriment de sa vie de famille. Le trio principal est soutenu par des seconds rôles également brillants parmi lesquels
Anthony Edwards, co-équipier de
Mark Ruffalo, et
Chloe Sevigny, la femme de Robert Graysmith subissant la situation.
Zodiac est vraiment un film d’une grande classe pour lequel on sait en arrivant dans la salle qu’on ne connaîtra pas le coupable, même si un nom est proposé avec insistance, mais qui parvient à nous scotcher à notre fauteuil sans aucune baisse de rythme notable durant les 2h40 d’une histoire pourtant très linéaire. Fort ! Le film est tellement filmé au plus près de chacun des protagonistes que le spectateur est directement impliqué, essayant lui aussi de faire la part du vrai et du faux, des bons indices et des fausses pistes. En plus d’être très intelligent, cette forme de cinéma est des plus palpitantes et on ne peut que remercier
David Fincher d’avoir mis à terre tous ces thrillers hollywoodiens formatés où il manque une chose qui crève ici l’écran : une réalisation inspirée faite par un véritable passionné et amoureux de son art. Avec Zodiac, David Fincher nous livre son film le plus sobre mais également le plus impressionnant grâce à une mise en scène de haute volée et un récit archi-documenté qui réussissent à tenir le spectateur en haleine pendant plus de 2h30. Chapeau !