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Critique : Voici venu le temps |
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Dans le pays imaginaire d’Obitanie, voici venu le temps où chassés-croisés sentimentaux s’entremêlent aux règlements de compte entre guerriers, défenseurs des bergers de la Montagne Pourpre, population et riche propriétaire terrien.
Après son premier long métrage, Pas de repos pour les braves qui mêlait onirisme, fantastique et problèmes sociaux, Alain Guiraudie se fait, dans son nouveau film, le guide de nos émotions et reprend en partie l’histoire de son troisième court métrage, La force des choses. Cinéma du langage dans lequel on invente des mots (on paie en Krobans, on boit du Kévara…), mais également cinéma de l’illusion, des paysages et des sentiments, l’univers de Guiraudie s’inspire du quotidien pour nous amener à réfléchir à des problèmes actuels auxquels chaque citoyen pourra trouver un moyen de s’interroger. S’interroger non seulement sur les problèmes collectifs et sociaux (quelle est ma position politique ? Comment peut-on, aujourd’hui, trouver sa place dans une collectivité qui se dissout de plus en plus ?), mais aussi sur des problèmes personnels (l’ambivalence sexuelle ou comment aimer deux personnes à la fois).
Plus resserré que son premier film, Voici venu le temps tend vers la fable, le conte et nous procure ce plaisir du jeu dans lequel on se plonge dans l’enfance, cette envie de jouer aux gendarmes et aux voleurs, ici, les guerriers et les bandits. D’ailleurs, si le titre du film nous rappelle le début de la chanson de l’Ile aux enfants, ce n’est certainement pas un hasard. Il y a dans cette virée nocturne dans un monde intemporel et mystérieux (une grande partie du film est composée de nuit américaine), un besoin de savoir où va le monde mais ceci sur un mode fantaisiste dans son langage et ses actions. Non seulement le film est admirable du point de vue de son discours, mais il brille aussi par une grande malice, trop rare dans le cinéma d’auteur qui nous est donné de voir, aujourd’hui, dans la production française.
La réalisation, quant à elle, est sans faille, alliant sans détours des scènes plus ou moins courtes, qui ont le grand mérite d’aller directement au but. Guiraudie sait manifestement ce qu’il veut démontrer et n’y va pas par quatre chemins pour faire avancer son récit, qui peut certes déconcerter au premier abord mais mérite un certain effort que le spectateur ne regrettera pas. Comme la narration ne s’encombre pas de soucis anecdotiques, l’homosexualité y est représentée comme une chose naturelle, tout autant, d’ailleurs, que la bisexualité et l’hétérosexualité et la tolérance des amours y tranchent avec la brutalité d’un monde qui perd tous ses repères.
Les comédiens, tous inconnus du grand public, méritent tous d’être cités mais on notera plus particulièrement Eric Bougnon et Jacques Buron, les deux révélations du film, qui se sont investis corps et âmes dans des scènes sans retenues, dans lesquelles ils se révèlent confondants de naturel et de charme. Aussi, on pourra s’interroger sur l’absence du film à la dernière Quinzaine des réalisateurs lors du festival de Cannes en mai dernier, alors qu’on a pu y voir des films très mineurs comme Travaux… on sait quand ça commence de Brigitte Roüan qui nous avait habitués à des films plus rigoureux.
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Publié
le 31/07/2005 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Merveilleux metteur en scène de l’utopie du réel, Alain Guiraudie fait mouche sur tous les tableaux. Son cinéma, qui reste plus que jamais politique et social dans son discours, trouve ici sa forme la plus joyeuse et permet ainsi au plus grand nombre d’accrocher à un univers purement personnel et atypique. On ne doute plus de sa capacité à être un grand auteur. Désormais c’est certain, un film de Guiraudie ne peut se confondre avec aucun autre. |
8/10
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