Alors que son nouveau film est sélectionné à Cannes, l’allemand Robert Talheim nous présente son premier long métrage Tout ira bien.
Sorti en 2005 en Allemagne et récompensé à plusieurs reprises, le premier long métrage de
Robert Tahleim arrive sur nos écrans alors que Et puis les touristes ? est sélectionné au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard.
Tout ira bien, comme chaque film de jeune réalisateur allemand, traite du thème obsessionnel de la chute du mur à travers l’histoire d’une famille venue de Berlin Est. Alors que la mère a refait sa vie avec le prototype de l’allemand de l’ouest riche, le père, pur produit de la Guerre Froide, a du mal à finir le mois et rêve d’un travail dans la sécurité. C’est alors que son fils débarque chez lui, excédé d’apprendre que sa mère est tombée enceinte de son beau-père. Robert Tahleim construit un scénario assez admirable à partir de cette relation père/fils. Il s’appuie sur son talent de dialoguiste pour créer des scènes entières reposant presque uniquement sur ces échanges.
En effet, pour ce qui est du traitement visuel, Robert Talheim se la joue minimaliste. L’esthétique DV a rarement été poussée aussi loin, puisque le réalisateur garde les flous que certaines caméras amateurs génèrent lors de changement d’échelles de plan trop brusques. Carrément crade, le parti-pris pourra en rebuter certains, d’autant plus que le cadreur est loin d’avoir cherché la stabilité ! Comme d’autres avant lui, Talheim a toutefois tendance à se faire un peu manger par ce format et certains passages manquent visiblement d’un réel point de vue de mise en scène. Pourtant, lorsqu’il réalise de façon plus marquée, on voit qu’il est loin de manquer de talent. Malgré ce défaut, il arrive grâce à cette esthétique à construire une ambiance réaliste, proche du documentaire, assez prenante. On se prend au jeu de ces longues scènes de dialogues où Marcel, le père, délire sur les stratégies à appliquer dans le milieu de sécurité personnelle, avec de vieux relents de services secrets. La réponse du fils est tout aussi énorme, le jeune Sebastian militant fermement pour l’existence du milieu geek à Berlin Est tout en essayant d’entretenir une relation normale avec sa copine...
C’est bien beau d’écrire de bons dialogues mais encore faut-il les acteurs au niveau pour les interpréter ! Ici, les trois têtes d’affiche obéissent à la volonté réaliste de Robert Altheim. On s’attache assez vite à
Milan Peschel dans ce rôle tout droit sorti des années 80 avec lunettes à la CHIPS et country allemande (de grands moments musicaux en perspective !). Malgré leur jeunesse,
Sebastian Butz et Stéphanie Charlotta Koetz sont tout aussi convaincants, notamment dans leurs scènes en couple où ils arrivent à rendre le malaise d’une relation naissante. Par ses acteurs, par ses dialogues, par son dialogue,
Tout ira bien nous conquiert petit à petit. Cette relation père/fils nous fait passer de bons moments comme elle nous attriste, au fil des délires tragi-comiques d’un homme d’un autre temps qui essaie de reconquérir un semblant de vie. Emouvant et drôle, cette relation père/fils filmée en DV et portée par de grands acteurs est d’un réalisme saisissant.