Pour son tout premier long-métrage en tant que réalisatrice, la comédienne Sarah Polley nous livre un film délicat et sensible.
Actrice découverte par
Atom Egoyan (elle a joué dans
Exotica et
De Beaux lendemains),
Sarah Polley a depuis été vue chez des metteurs en scène exigeants comme
David Cronenberg,
Wim Wenders,
Hal Hartley ou bien encore
Zack Snyder. Après quelques courts-métrages, elle a décidé, après avoir lu
L’Ours traversa la montagne, une nouvelle de l’un de ses auteurs favoris
Alice Munro parue dans le New-Yorker, de porter à l’écran cette histoire, hantée par l’image de
Julie Christie avec laquelle elle venait de tourner sous la direction de
Hal Hartley. Quelques années plus tard, son projet est arrivé à terme. Et c’est une bien belle surprise.
Fiona et Grant vivent ensemble depuis plus de 44 ans.
Ils semblent avoir trouvé une stabilité à l’intérieur de cette longue relation faite d’amour et de tendresse. En tout cas, jusqu’au jour ou Fiona va machinalement ranger une poêle dans le réfrigérateur. Moment d’inattention, acte manqué ? Non ! En fait, Fiona est victime de la maladie d’Alzheimer, ce dysfonctionnement neurovégétatif qui progressivement fait perdre la mémoire aux personnes, généralement âgées, qui en sont atteintes. Représentation des interrogations et angoisses du mari sont ici judicieusement mis en place, sans pathos aucun, sans effets tire larmes. Au contraire, Le film de
Sarah Polley s’abstient de jouer sur les émotions faciles et fait preuve d’une pudeur et d’une délicatesse assez surprenante pour un tel sujet. Point de misérabilisme ici et il est important de le signaler.
Si Loin d’elle est aussi bouleversant c’est aussi et surtout grâce à ses interprètes.
Julie Christie, bien évidemment, qui, malgré les quarante années qui la sépare de son rôle de Lara Antipova dans
Docteur Jivago de
David Lean, n’a jamais été aussi belle. Troublante dans ses maladresses et ses oublis, elle montre que le temps ne fait rien à l’affaire : quand le charme est là, il persiste bel et bien. De même, pour
Gordon Pinsent qui joue Grant, le mari de Fiona, et qui bien qu’il soit davantage un acteur de théâtre, prouve qu’il a tout à gagner à pratiquer l’alternance entre les planches et les plateaux de cinéma. On n’oubliera pas de sitôt son regard énamouré et rempli de tristesse qu’il ballade dans le film de
Sarah Polley. Que dire du reste de la distribution sinon qu’
Olympia Dukakis est une actrice formidable capable de tout jouer alors que
Michael Murphy sort grandi d’un rôle difficile dans lequel il doit tout faire passer par le regard et les gestes. A eux quatre, ils représentent le cœur d’un film qu’ils font battre de leur talent.
Le film n’en est pas moins exempt de défauts, surtout au niveau de la mise en scène. En effet,
Sarah Polley use avec naïveté de métaphores, qui plus est assénées plusieurs fois au court du long-métrage. Aussi, on peut se dire que la neige, symbole de l’oubli (les traces de neige s’effacent comme les souvenirs) et surtout le couloir de l’institut dont la lumière est, comme le souligne à maintes reprises la directrice, « si naturelle », sont parfois un peu patauds. Dans la seconde partie, tous les plans en Steadycam se ressemblent (le mari se dirigeant vers la chambre est filmé de dos) et quelques travellings s’avèrent inutiles. Pas grand-chose finalement comparé à l’élégance dont fait preuve
Sarah Polley dans un film plutôt basé sur l’émotion tout en réussissant, malgré ses imperfections, une mise en scène subtile sachant imposer un climat. Au final, Loin d’elle est un film brillant et incontestablement réussi, une oeuvre touchée par la grâce qui ne peu que laisser des empreintes profondes dans la mémoire des spectateurs. Courez-y, vous ne le regretterez pas ! Un maximum d’émotions pour un minimum de défauts, Loin d’elle est une œuvre fine et profonde dont il faut profiter sans modération. Un film magnifique en somme.