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Critique : Morituri |
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Morituri nous plonge avec réalisme dans la période noire qu’a vécue l’Algérie au début des années 90. Un essai de polar intéressant à défaut d’être captivant.
Quatrième long-métrage de Okacha Touita, Morituri est inspiré de 3 romans de l’ancien officier supérieur de l’armée algérienne, Yasmina Khadra. Réunir dans un même scénario les histoires de Morituri, Double blanc et L’automne des chimères n’a pas forcément été la meilleure idée du metteur en scène qui, à force de coups de théâtre, de rebondissements pas toujours compréhensibles, tend lentement à déstabiliser le spectateur. Le sujet était pourtant prometteur, traitant de l’actualité politico-sociale qui a déchiré l’Algérie dans les années 90, années de plomb, années de terreur lors desquelles la guerre civile fit rage à travers les actes terroristes des Islamistes. C’est justement le travail quotidien du commissaire de traquer à Alger les extrémistes et leur cortège de violence jusqu’au-boutiste. Chargé de retrouver la fille d’un ancien haut fonctionnaire du régime, notre homme va progressivement s’apercevoir que ceux qui tirent les ficelles de la diabolisation ne sont pas forcément ceux que l’on croit.
Le générique à peine commencé, on comprend vite que ce n’est pas dans l’esthétique de Morituri, d’une facture télévisuelle ultra classique, que réside le véritable intérêt du film. En effet, sans grands moyens, le long-métrage a souffert de problèmes de financement évidents qui, malheureusement, se voient à l’écran. Fi donc de la forme, on préférera très rapidement s’attacher en priorité, sinon en exclusivité, au fond et à son discours à la fois passionnant et alambiqué, en tout cas, pas toujours clair. Si le réalisateur a su restituer avec une violence abrupte le réalisme du conflit algérien, s’il a compris comment traiter tous les enjeux de la problématique inhérente à ces années de guerre, il n’en a pas moins oublié d’être clair dans sa construction narrative. Autre point négatif : à trop vouloir mélanger langues arabe et française (ce qui est viable d’un point de vue idéologique), Okacha Touita épuise inutilement le spectateur, surtout lorsque les 2 langues se mélangent à l’intérieur d’une même phrase. Les romans ayant été écrits en français, il était cependant difficile de faire autrement. Pareillement, lorsque les dialogues prononcés en français, le sont à travers divers éléments tels que le téléphone ou le magnétophone, l’inaudible agace à tel point, qu’on finit par cesser de tendre l’oreille.
Il y a pourtant de belles choses dans Morituri. Le personnage principal tout d’abord. Cynique et désabusé, le grand acteur de théâtre Miloud Khetib joue son rôle avec une finesse peu commune, rendant du coup le commissaire touchant à l’intérieur de ses préoccupations. Beaux moments aussi que ces interrogations intérieures révélées par une voix-off et mettant au premier plan toutes les contradictions d’un pays en proie aux doutes et à l’irrationalité. La seconde partie, plus intéressante, fait, entre autres, un rapprochement passionnant entre le protagoniste directeur et une société en pleine déliquescence qui n’arrive plus à trouver ses repères. C’est dans cette brillante métaphore que Morituri prend à la fois tout son sens et trouve finalement son équilibre après deux tiers de film improbables. C’est certes un peu tardif mais on se dit qu’après tout, ça valait le coup d’attendre et lorsque la musique de Rachid Taha explose sur le générique de fin, on ne regrette pas le voyage.
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Publié
le 30/04/2007 par Christophe Hachez
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| Verdict |
En adaptant l’écrivain Yasmina Khadra, Okacha Touita a accouché d’un film le plus souvent boiteux mais qui sait être attachant par sa capacité à décrire un milieu, une époque et un personnage. Pas mal de défauts donc mais également des qualités non négligeables qui nous font attendre le prochain film de Okacha Touita avec impatience. |
6/10
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