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Critique : Destricted |
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Sept artistes s’expriment dans Destricted sur le rapport entre le cinéma et la pornographie. Le moins que l’on puisse dire c’est que le résultat est loin d’être réjouissant.
On le sait depuis les nombreux films italiens des années soixante et soixante-dix (Les monstres, Le sexe fou, Moi la femme…), le film à sketches est une entreprise risquée. On a encore pu constater l’année dernière avec Paris, je t’aime à quel point la qualité des saynètes pouvait être variable à l’intérieur de l’entité filmique. Ici, on est dans l’obligation de constater que le pire l’emporte largement sur le meilleur et que le tout semble bien long (116 minutes tout de même). A la base, trois producteurs issus de milieux artistiques différents (musique, littérature…) décident de produire sous le label Destricted sept courts-métrages réalisés par des figures atypiques du cinéma (le mot américain Restricted correspondant à la censure appliquée aux films interdits aux moins de 17 ans non accompagnés, Destricted peut se traduire par « Non censuré »). D’origines géographiques différentes (américains, italien, yougoslave, britannique et français), les créateurs ont reçu pour seule consigne d’intégrer chacun dans leur segment, leur propre vision de la pornographie. Le projet était on ne peut plus alléchant, le résultat s’avère donc très inégal, parfois sublime, souvent navrant et pathétique.
Aussi, sur les 7 films (durant de 1 à 38 minutes), seul trois d’entre eux méritent qu’on leur accorde toute notre attention. Le film d’ouverture du plasticien Matthew Barney (la série Cremaster, DR9 (drawing restraint 9)) intitulé Hoist montre avec fascination la copulation entre un homme et une machine dont la nature reste indéterminée. L’artiste restant fidèle à son univers foisonnant et si personnel, on s’attend à déguster Destricted avec plaisir. Balkan Erotic Epic de Marina Abramovic, le second segment, traite des coutumes balkaniques et plus précisément du rapport entretenu par les Européens du Sud-Est entre les organes sexuels et les choses de la vie quotidienne (la temps, la fertilité…). Autant le dire, on est séduit par tant d’inventivité formelle et d’irrationalité du discours.
Avec House call du peintre et photographe Richard Price débute notre désenchantement. En effet, l’américain s’est contenté de refilmer en vidéo une séquence pornographique, ma foi assez banale mais qui sous ce repiquage horrible, devient carrément insupportable. S’ensuit le plus long de tous les segments, c’est-à-dire celui de Larry Clark. Malgré tout le talent qu’on lui connaît, force est de constater que son Impaled n’est pas totalement réussi. Le metteur en scène fait passer un casting à toute une série d’ados dans le but d’en choisir un pour tourner un film pornographique avec une professionnelle. Assez passionnant dans ce qu’il montre (les jeunes teenagers d’aujourd’hui ont une idée du sexe totalement formatée par les films X), déconstruisant la mythologie des tournages hards, Larry Clark ne convainc pas quand, par certains détails, ils laissent à penser que son film est bidonné. En effet, quelle actrice porno accepterait de tourner sans préservatif et de se faire sodomiser sans avoir préalablement effectué un lavement ? La scène finale est en tout cas, et de loin, la plus « chaude » du film et satisfera au moins ceux qui sont venus se rincer l’oeil. Quant à nous, malgré d’évidentes qualités, on reste circonspect.
Passons sur Sync de Marco Brambilla (pour mémoire, Demollition Man avec Schwarzie), court kaléidoscope d’images à déconseiller aux migraineux ou sur Death Valley de Sam Taylor Wood montrant en un seul plan fixe la tentative de coït avortée d’un homme se masturbant (comme le nom du film l’indique) dans les décors poussiéreux de la Vallée d la Mort, pour s’appesantir sur le cas de Gaspar Noé. Depuis l’admirable Seul contre tous, le « jeune homme » (on le sait fan de cinéma extrême) se contente de décliner pour chaque travail, une fausse bonne idée censée faire fuir le spectateur à l’extérieur des salles obscures projetant ses films. Après l’insoutenable scène de viol d’Irréversible, Gaspard Noé a dans We fuck alone choisi de syncoper l’image avec un effet stroboscopique qui, pourrait-on croire, atteint sa cible : les fauteuils claquent et les salles se vident. Mais ce serait trop d’honneur de faire croire au réalisateur dont l’ancien talent a disparu au profit de la seule provocation, que les gens partent par dégoût. Trop long et « déconseillé aux épileptiques » (selon l’annonce présente au début du film), We fuck alone n’a aucun intérêt et distille vite l’ennui. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le segment de Gaspard Noé conclut ce film collectif, laissant ainsi la chance aux autres films d’être visionnés.
Grosse déconvenue donc devant tant de prétention se cachant derrière des alibis artistiques qui permettent de faire tout et n’importe quoi en conférant de la valeur à des ersatz de films restés à l’état conceptuel. Filmer en vidéo un film projeté sur une télévision est-il un acte artistique ? Qu’apporte réellement un collage stérile ou un plan fixe probablement tourné en une seule prise ? Plombant et pompeux (sans mauvais jeu de mot), Destricted pose surtout un problème idéologique intéressant. Pourquoi sous couvert d’art, le sexe à l’écran doit-il être représenté comme une chose glauque et malsaine, et non comme un plaisir des yeux et de l’esprit ? Apparemment, seule Marina Abramovic s’est interrogée sur ce paradoxe et on est en droit de penser que c’est bien dommage.
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Publié
le 30/04/2007 par Christophe Hachez
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| Verdict |
On garde Matthew Barney pour son univers visuel étonnant, Marina Abranovic pour sa pertinence et son humour, Larry Clark pour sa démonstration à moitié efficace. Le reste est d’un ennui incommensurable, et le tout plus qu’inégal est une semi-déception. |
5/10
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