Critique : Momo le doyen

Critique : Momo le doyen

Et voici Momo Wandel, grand musicien africain, qui a su faire renaître le jazz par sa musique natale. Sous forme d’hommage, Laurent Chevallier se remémore leur rencontre, leur amitié, leurs aventures...


Laurent Chevallier n’en est pas à son premier coup d’essai. Titulaire d’un diplôme de l’Institut Louis Lumière, promotion 1975-1976, il se concentre dès lors sur le film documentaire. Il aime la musique et le prouve : Djembéfola, son premier long-métrage conte l’histoire de Mamady Keïta, grand percussionniste. Il rencontre Momo Wandel à l’occasion du tournage de L’Enfant Noir : celui-ci se charge de la bande originale. Momo, le doyen, c’est l’histoire de Momo, un boute-en-train, saxophoniste de cœur plus que de profession ; qui à force de générosité atteint son but : faire rayonner sa musique, un mélange de jazz et de musique africaine traditionnelle, à travers le monde.

Momo le doyen
Zoom sur Momo Wandel, nous sommes en 1992 dans les rues de Conakry, capitale de la Guinée. Le musicien reprend des standards jazz, les classiques de Charlie Parker, John Coltrane. Quelques notes de balafon qui respirent le soleil, et voilà Laurent Chevallier qui s’approche à la recherche d’une musique originale. Deux âmes qui se rencontrent, une amitié qui se crée entre le cinéaste, passionné, et Momo, dont l’énergie déborde jusque dans la salle. Son projet : découvrir. C’et homme est poussé vers la rencontre, humaine autant qu’artistique ; il souhaite faire partager son expérience, notamment au travers de l’autre grande œuvre de sa vie : le Circus Baobab. Il crée une sorte d’art total en Afrique, un cirque itinérant capable de parcourir 4 000 kilomètres en six mois, capable de rassembler des milliers d’africains. C’est une bouffée d’air frais. Le potentiel qu’offraient ce cadre et cette ambiance est cependant perverti par un certain embrigadement autour du musicien. On suit sa trace, à travers la ville, de manière très rapprochée. Et même si le monsieur est fort sympathique, on ressent peut-être aussi le besoin de profiter de la beauté des alentours et de la joie de vivre guinéenne en général.

Momo le doyen
Le point de vue contemplatif du réalisateur s’exprime par une neutralité maussade : le personnage se présente sous une seule facette, celle d’un bon vivant, joyeux, « libre », comme le qualifie son apprenti bolon (instrument traditionnel africaine, à mi-chemin, entre la basse et une percussion). Visuellement cela se traduit par une esthétique reportage télévision façon Envoyé Spécial, quelque chose de très journalistique, qui témoigne d’un cruel manque d’expressivité artistique. Aucun travail du cadre, aucune recherche du beau, de l’attrayant, la caméra se cantonne dans une passivité absolue. Les témoignages se suivent, les éloges pleuvent entre chaque parcelle musicale. Très éloigné de l’authentique Jean Rouch, Laurent Chevallier essaye de reproduire cette fameuse voix-off calme et didactique, apaisante et qui savait se faire si discrète. Malheureusement, ces propos manquent de pertinence, son commentaire fait redondance aux images au point que l’on se convainc à mesure du film de volontairement s’en passer. Il faillit à son rôle, moyennant une mauvaise articulation des archives ; et pire, nuit au bon déroulement des répétitions musicales et autres. L’émotion ressentie par le réalisateur est pleinement perçue au travers de la caméra, mais on ne parvient plus à s’en extraire. Cette biographie filmique s’en sort grâce à ces passages musicaux, très nombreux, qui ponctuent et alimentent le film. La bande originale est très réussie, à consommer immodérément : son pouvoir de séduction transporte là où il fait chaud ; ces séquences musicales sont attractives et distrayantes, et pour un film porté par la musique, c’est bien là l’essentiel. On aurait aimé que cette musicalité s’applique au film dans son ensemble.
 
Publié le 29/04/2007 par Florent Boucheron

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Verdict
Un documentaire musical à la rencontre de la générosité d’un homme et de la chaleur d’un continent, qui déçoit par son côté reportage télé et son manque d’ambition. Néanmoins, une bande originale attrayante, un personnage attachant et une sacrée joie de vivre en feront une sortie rafraîchissante.
5/10

» INFO FILM
Momo le doyen
Nom: Momo le doyen
Réalisateur(s) :
Laurent Chevallier
Acteur(s) :
Momo Wandel Soumah
Société(s) de production :
Voyage
Compositeur(s) :
Momo Wandel Soumah
Genre: Documentaire
Sortie FR: 25/04/2007

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