Une comédie romantique qui se moque d’elle-même ... et pourquoi pas ? On connaît bien les ficelles du genre, mais c’est amusant de les voir soulignées ainsi.
Emily « Jacks » Jackson est assistante à la rédaction londonienne de Vogue. Elle vit avec Peter, son colocataire gay, scénariste en devenir et grand romantique, et retrouve régulièrement Tallulah, sa meilleure amie complètement névrosée et poétesse maudite. Elle rencontre un jour Paulo, assistant photographe, qu’elle croit gay, décide de le présenter à Peter – à ce moment en plein fantasme sur un homme croisé dans un hall d’hôtel – et tente en même temps de se dépatouiller de son histoire bizarre avec son ex, qu’elle continue à retrouver régulièrement. Chacun essaye de faire en sorte que leurs histoires d’amour ressemblent à celles que l’on voit dans les comédies romantiques.
A première vue,
Love (et ses petits désastres) n’est qu’une nouvelle comédie romantique. Il ne faut cependant pas s’arrêter à cela : le film mélange les genres avec délice. Du romantique, il y en a assurément, mais l’univers semble aussi tout droit sorti d’un livre de Chicken-litt (ce courant littéraire qui a fait un carton ces dernières années, avec pour héroïnes des jeunes femmes dynamiques, romantiques et à la vie sentimentale désastreuse, travaillant en rapport avec la mode ou le journalisme), avec un humour pince-sans-rire très anglais au début mais qui tombe dans le classique par la suite, et une trame satirique au départ à toute épreuve. Cependant, le plus gros problème du film est que le scénario ne parvient pas à conserver ses objectifs tout du long, et la très bonne impression du début s’effrite peu à peu. Ainsi, cet humour qui se dégrade, ou, plus ennuyeux, la satire qui patauge. Le principe du « film dans le film », avec, accompagnant les premières et dernières images, les lignes du scenario, est plutôt réussi, et certaines allusions aux ficelles des comédies romantiques sont intelligentes, mais
Alek Keshishian semble avoir oublié le principe en cours de route, et on n’est plus très sûr d’être dans une comédie romantique satirique ou tout simplement très maladroite. Quant à la fin, si le principe est intéressant, la forme n’est pas très heureuse non plus.
Mais l’animation générale, le talent des acteurs (Attention, ne pas regarder en version française si c’est évitable : le film est extrêmement mal doublé), la musique bondissante et certains dialogues nous font oublier beaucoup de lourdeurs. Parce que bien sûr,
Love (et ses petits désastres) souffre du défaut commun aux films à moitié satiriques : il arrive un moment où on ne sait plus si le manque de finesse de certains passages est dû au film en lui-même ou au fait qu’il se moque du genre. Et même si le regard critique (quoique toujours attendri sur ces ficelles des comédies romantiques) est parfaitement clair à certains moments, il semble parfois s’effacer et nous nous retrouvons devant un film plutôt niais, aux maladresses peut-être trop grosses pour être honnêtes. Et on aurait peut-être aimé échapper aux clichés allant de pair avec les héroïnes aux copains gays, mais là encore, comment savoir dans quelle mesure c’est fait exprès ? Mais il faut reconnaître que trouver le bon équilibre entre le film de genre typique et la satire est difficile, et
Alek Keshishian, qui a produit, scénarisé et réalisé le film, s’en sort plutôt bien. Love (et ses petits désastres) est, pour faire simple, une comédie romantique qui se moque du genre auquel elle appartient. Malgré quelques lourdeurs et longueurs difficilement évitables, l’ensemble est bien agréable.