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Critique : Jean de La Fontaine, le défi |
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Après Molière il y a deux mois, c’est au tour de Jean de La Fontaine de s’installer sur nos grands écrans.
Septembre 1661. Le surintendant aux finances Fouquet est arrêté par Colbert sous l’ordre de Louis XIV qui lui reprochait sa trop grande richesse. Ce dernier devient alors le seul gouvernant du régime, faisant ainsi basculer la France dans une monarchie absolue. Alors que Molière, Racine ou Boileau se rangent du coté de la royauté, Jean de la Fontaine entend bien rester sur ses positions politiques en défendant bec et ongles son ancien mécène, à la grande fureur de Colbert qui va tout mettre en œuvre pour le détruire.
Daniel Vigne est un cinéaste rare (5 films en 34 ans). De sa filmographie, on retiendra surtout Le retour de Martin Guerre en 1982, succès critique et surtout public qu’il n’est apparemment pas parvenu à gérer. Après l’échec d’Une femme ou deux (réunissant, rappelons le, Gérard Depardieu et Sigourney Weaver) et un joli Comédie d’été en 1989, le metteur en scène du mal nommé Jean de la Fontaine, le défi, s’est davantage orienté vers la télévision dont il a hélas rapporté pas mal de tics (linéarité du récit, photographie peu ou pas travaillée, jeu des acteurs à l’emporte-pièce…). Ces défauts, on les retrouve dans son dernier film dont le véritable défi sera d’intéresser le spectateur.
Revisiter le personnage de Jean de La Fontaine était pourtant un projet audacieux et prometteur dont on attendait davantage que cet exercice fastidieux et scolaire qui manque singulièrement de panache. Lorant Deutsch fait ce qu’il peut dans l’incarnation fantasmatique du poète (imaginée par Jacques Forgeas, lui aussi récupéré par le petit écran après avoir collaboré par deux fois avec Jean-Jacques Beineix pour Roselyne et les lions et IP5). Son interprétation de Mozart au théâtre a probablement dû séduire Daniel Vigne pour qu’il lui confie un rôle d’une telle envergure, composition dont il ne sort ni grandi, ni affaibli, tellement elle correspond au caractère volubile et gouailleur qu’on lui reconnaît et qui est l’un de ses principaux atouts. Sara Forestier est, quant à elle, cantonnée dans un rôle où elle a très peu de choses à exprimer. Seul, Philippe Torreton tire brillamment son épingle du jeu. Il donne à son Colbert une froide détermination, une rage intérieure qui nous fait regretter les maladresses d’un scénario qui peine à épaissir les bons personnages.
Au milieu de ces problèmes d’esthétique et de construction, on trouve pourtant un discours sinon une problématique qui trouve écho dans la société d’aujourd’hui. Comment garder sa liberté d’expression dans un système régi par l’argent ? Comment détourner l’art pour dénoncer le totalitarisme ? Autant de questions qui, à la veille du premier tour des élections, prennent une résonance actuelle. Jean de la Fontaine, le défi nous laisse entendre que l’opinion publique finit toujours par triompher de l’obscurantisme politique et social.
Quoi qu’il en soit, hasard de la distribution ou véritable acte citoyen, on regrette que le film de Daniel Vigne, si tant est qu’il pose des questions essentielles, échoue dans son entreprise de divertissement, passage obligé pour véhiculer son message auprès des jeunes générations. Desservi par la sortie antérieure du Molière de Laurent Tirard dans lequel le fond et la forme se confondaient dans une liberté joyeuse et efficace, Jean de La Fontaine, le défi se dilue dans son incapacité à allier le divertissement intelligent au plaisir des images et des mots. Aussi, on patientera pour définir la véritable capacité de Daniel Vigne à construire une œuvre cohérente tout en espérant que son prochain film sera moins didactique, moins pédagogique, en tout cas moins télévisuel.
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Publié
le 19/04/2007 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Malgré son incapacité à dresser un portrait intéressant du fameux fabuliste, Jean de La Fontaine, le défi devrait faire un tabac dans les cinémas proposant des séances pour les établissements scolaires. Quant à nous, on passe. |
4/10
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