Les Tortues Ninjas sont de retour en image de synthèse. Après avoir vaincu le mythique Shredder, Leonardo se replie en Amérique centrale pour parfaire sa technique. Ressenti comme un abandon par ses frères, ils suivent alors chacun leur propre voie…
Voilà quinze ans que les Teenage Mutant Ninja Turtle (TMNT ou Tortues Ninjas) avaient disparu. Entre temps, Leonardo, encouragé par Maître Splinter, a choisit d’expérimenter l’art Ninja en Amérique centrale. Son frère Donatello est devenu conseiller Hotline, Michael Angelo est clown en soirée d’anniversaire. Enfin, Rafael devient le justicier masqué de New York ; installé sur un super bolide qui lui sert de monture, il se positionne quelque part entre Batman et Zorro. Après une introduction très surprenante, Leonardo est découvert par April (la comparse archéologue de nos chères tortues est métamorphosée par l’image de synthèse). Celle-ci peut répondre à toutes les folies et désirs des spectateurs, et c’est sans doute ce qui explique ce choix de production. La new-yorkaise est ainsi transformée en redoutable exploratrice, Lara Croft n’a qu’à bien se tenir.
Les Tortues Ninja ont été crées « pour tourner gentiment en dérision le super héros » rappelle Kevin Munroe, le réalisateur. Ce dernier opus ne déroge pas à la règle, beaucoup d'innovations ont été crées depuis leur départ en pénitence, sur nos grands écrans mais pas seulement. TMNT tente de rattraper le temps perdu en une petite heure et demie, le film flirte avec le gratin des héros actuels : outre Lara Croft ou Batman déjà cités, des allusions très nettes à Spider-Man, Matrix, Kill Bill, X-Men, le 5ème élément, Le seigneur des Anneaux, Star Wars, sont visibles à l’écran. Et la liste est encore bien longue. Le cadre est propice, New York a vu ses gratte-ciels grandir, ses toits se multiplier, ses rues se désertifier une fois la nuit tombée. L’arène ainsi préparée laisse envisager de nombreux sauts et cascades, il ne reste qu’à lâcher les fauves pour obtenir un spectacle riche et varié. Mais les univers qu’empruntent TMNT sont très différents, et le film rend aussi un bel hommage aux jeux vidéos, le rendu graphique des personnages humains est très proche du visuel des Sim’s, les instants les plus funs semble s’être inspirés directement de jeux de glisse (citons la référence Tony Hawk’s Skateboarding). La présentation des personnages, bien que lourde, reprend à l’identique celle des jeux de combats, par exemple.
En revanche, ces multiples références nuisent à une compréhension correcte et sans faille du film. Abandonnant la confrontation du bien contre le mal, Kevin Munroe a « l’ingéniosité » de complexifier la situation, faisant intervenir diverses forces contraires, l’entrepreneur Winter, les bêtes monstrueuses, Karaï et son clan des « foot ». Malheureusement, leurs motivations sont peu claires, et le jeu des alliances est trop brouillon pour que l’action soit limpide. Par exemple, leur adversaire Winter est beaucoup trop ambigu et indécis, et n’exprime ni son but, ni ses motivations. Il perd en crédibilité, en monstruosité. Permet-il seulement à Warner Bros. de nous manipuler à grand coup de « W »? Ce poinçon énerve d’autant plus que le public visé est relativement jeune, et donc influençable. Si ce n’est Winter, qui combat alors les Tortues Ninjas ? On s’y perd, le véritable enjeu est peut-être simplement le combat contre elles-mêmes qu’elles sont en train de mener. « Nous sommes en plein règlement de compte familial » dit Leonardo, et cette phrase à double emploi résume parfaitement la portée du film : une fratrie décimée tente de se réunifier.
Enfin, on regrette les imperfections malveillantes qui planent de manière plus ou moins nette sur TMNT. Malgré toute la bonne volonté du réalisateur de caractériser les tortues - elles sont devenues quatre personnages à part entière - l’accent est uniquement porté sur l’impénétrable Leonardo, et le fougueux Rafael, au détriment de Michael Angelo, et de l’inexistant Donatello !!! Le réalisateur a aussi complètement délaissé l’humour (et les mythiques parts de pizzas) : alors que le ton du film le permettait, l’imposait presque, il a préféré axer l’essentiel de son travail sur le visuel, l’action, et l’animation, dommage.
|