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Critique : Day Night Day Night |
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Une jeune fille de 19 ans se prépare à un attentat terroriste à New York. Le film retrace la fin de son aventure, de son arrivée à New York jusqu’au passage à l’acte, il suit avec émotion et sincérité chaque geste de cette anti-héroïne perdu.
Etrange, comme un film qui traite du terrorisme et qui s’affiche accessible à tout public, -encore faut-il avoir la chance de connaître un cinéma qui le distribue (3 copies, en France)-. Etrange, de choisir comme modèle de terreur cette jeune fille, si jeune et si innocente, si mystérieuse et si sereine, si seule et si concentrée. Etrange de voir cet évènement se dérouler dans un roi du silence monumental, où l’on se doit de dire, uniquement ce qui est nécessaire à sa survie, et où la confiance accordée à ses pères ne doit pas laisser entrevoir de faille. Ces deux jours de cérémonial s’inscrivent dans une solennité religieuse, où l’on pense chaque détail un à un. Day Night Day Night est un rite d’où rien ne s’échappe. Pourquoi ? Pour oublier d’avoir peur, faire tout en sorte de ne plus pouvoir y songer. Elle n’a pas peur de son échec, elle ne l’envisage pas, elle n’a pas peur de la mort. Et le regarde vide qu’elle aborde laisse présager aucun espoir. En cela, Day Night Day Night fait froid dans le dos, on est pourtant très loin de la barbarie que l’on s’imagine à l’évocation d’organisation du type Al-Qaida, ou ETA ; et pourtant...
Il y a ces caractéristiques qui parlent d’elles-mêmes : des hommes encagoulés, le passage à la vidéo pour revendiquer un attentat, le fusil M-16, les fausses identités, ce besoin perpétuel de vivre caché, de se faire oublier. Parvenir à mettre sa propre existence en parenthèse à l’aube d’un attentat. Voilà ce qui est demandé à cette jeune fille, qui l’accepte, considérant ce précepte comme une étape. Elle se cloître alors dans une solitude plus profonde encore, elle se refuse à la parole tant que cela est permis, elle suit les indications et s’enferme dans sa chambre d’hôtel, rideaux tirés, elle n’a pu aucun contact avec le reste de la population. Cette solitude est pleinement retranscrite à l’écran, mais elle passe aussi par le regard de l’héroïne, littéralement scruté : elle est une bête que l’on observe, qui nous émeut et nous attendrit, là où elle aurait pu nous effrayer. Troublant.
Julia Loktev, réalisatrice du film, cherche avant tout à comprendre, comment des hommes et des femmes peuvent être aussi déterminés par le passage à l’acte terroriste. La jeune femme se plie aux exigences d’inconnus, pour parvenir à ses fins elle se purifie d’abord, avant de se faire transformer : elle change d’identité et de garde-robe. Plus rien ne l’habite hormis ses souvenirs émiettés, qu’elles avouent parfois. Le hasard n’existe pas, encore moins au cinéma, et c’est sans doute la mort de ses parents qui explique son trauma intérieur. Et il est suffisamment puissant pour transparaître, sans l’usage de la parole. On entre complètement dans l’intimité de la jeune fille. On ignore qui elle est mais on ressent ce qu’elle vit, notamment sur les trottoirs new-yorkais ; grâce à une caméra subjective et un jeu sur la bande-son.
Seul bémol, mais de taille ; le film subit de profondes longueurs, il ne se passe pas grand-chose, et cette ambiance, mise en place par Julia Loktev, bien qu’efficace et intéressante, lasse à force de trop faire référence aux mêmes éléments. Il est même parfois pénible à regarder. Et la répétition trois fois de la même séquence pour le final est là encore fort judicieux, mais une fois de plus, mal exploité parce qu’elle ne débouchera finalement sur rien, les 20 dernières minutes du film étant pour ainsi dire inutile. C’est une fin, qui dans l’esprit ressemblerait à Shadows de John Cassavetes, un peu sauvage, façon « Nouvelle Vague », les personnages continuant leur route laissant le spectateur un peu seul, brusque, brutal presque, d’autant que le générique reste aussi muet que le film.
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Publié
le 05/04/2007 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Un premier film osé, et remarqué, un sujet touchant et traité avec minutie, trop peut-être, l’ensemble très calme, devient vraiment difficile à visionner. L’essai est tout de même encourageant. |
5/10
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