Mira Nair, réalisatrice du magnifique Mariage des moussons, revient cette année avec Un nom pour un autre, ou le portrait d’une famille indienne aux Etats-Unis.
Mira Nair, réalisatrice indienne, a su se faire un nom à Hollywood : elle a fait un cours métrage pour
September 11, et s’est vue proposer les commandes de
Harry Potter et l’Ordre du Phoenix – offre qu’elle a déclinée. Etrange parcours pour quelqu’un qui s’est fait connaître avec
Salaam Bombay, film qui suivait un petit vendeur de thé dans Bombay, entre les garçons de rues et les jeunes prostituées. Etant ainsi elle-même entre deux cultures si différentes, il est sans doute normal qu’elle ait été touchée par
The Namesake, le roman de
Jhumpa Lahiri (prix Pulitzer, tout de même …), qui traite intelligemment de la difficulté de l’intégration d’une famille indienne aux Etats-Unis.
Parce que le nœud du film n’est pas, en fait, cette histoire de nom, qui n’est qu’un symptôme, mais plutôt la position difficile d’Ashima, la mère, partagée, écartelée même, entre deux cultures radicalement opposées ;
Mira Nair parvient à jongler avec brio entre les deux mondes, les deux styles de couleurs (le film bénéficie d’ailleurs d’une très belle photo). Coupée de sa famille, Ashima est obligée d’apprivoiser le mode de fonctionnement américain ; la séparation entre elle et ses enfants, nés sur place, est d’autant plus criante lors des voyages familiaux en Inde, retour à ses racines pour elle, vacances forcées pour eux où tour leur semble archaïque. Le monde extérieur lui est hostile, elle s’enferme parmi les Bengali pendant que ses enfants vont faire leurs études, observe de loin, en silence, la fuite en avant de son fils, ses efforts pour effacer son passé dans le but de se plonger totalement dans la culture américaine (à travers surtout le personnage de Maxine, sa fiancée, jouée par
Jacinda Barrett, qui colle ici parfaitement à l’image de la « petite amie américaine »), sans qu’il n’y ait plus aucun lien qui le retienne aux traditions indiennes. C’est alors que vient l’interrogation, emblématique bien sûr, sur le fait de garder, ou non, son nom : Gogol, certes difficile à porter, mais représentant l’amour de son père.
Le film aborde donc, avec pudeur et retenue, le sujet difficile de l’expatriation, de la rupture entre la culture de départ et celle du pays d’accueil, sans voyeurisme mais avec une franche naïveté et un humour timide qui ne peut que toucher le spectateur. Les sentiments entre les différents personnages sont clairs et exacerbés, servis par d’excellents acteurs – dont plusieurs sont très reconnus à Bollywood – et
Mira Nair sait les filmer sans que l’on tombe dans un voyeurisme de bas étage. Paradoxalement, d’ailleurs, c’est cette naïveté qui nous fait apprécier le film : le scénario, plutôt léger parce que convenu, ne se suffirait pas à lui-même, mais le traitement choisi fait passer les défauts les plus évidents. Il reste cependant quelques longueurs, et la dernière partie, le retour du fils dans sa famille, manque de rythme et s’essouffle. Un nom pour un autre aborde avec pudeur les difficultés rencontrées en vivant entre deux cultures, et la joie ressentie quand on les surmonte. Dommage que la dernière demi-heure soit maladroite.