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Critique : Norway of Life |
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Un homme est seul, perdu dans les magnifiques paysages météoriques de Norvège. Un autre l’attend, et l’embarque. Un emploi l’attend, un logement et une femme, une vie nouvelle en somme. Ce film met en scène un homme, qui fragilisé par le monde qui l’entoure, se résigne à suivre la lumière.
Les films scandinaves ont le vent en poupe, ils nous arrivent du Danemark, de Finlande ou de Norvège, et forment une matrice capable de rafler les plus prestigieuses récompenses de la planète. Norway of Life confirme la bonne santé du cinéma scandinave en réinventant le genre fantastique en bien des aspects, l’installant dans un cadre bureaucratique quotidien pour mieux pouvoir sans extraire. L’acteur déambule sournoisement à travers ces grandes tours grises et vitrées, qui dissipent toute envie de communication ; les rapports sont froids, glaciaux. Les événements sont tous mis sur le même plan : un homme se suicide, et bien il faut nettoyer. Et qu’il s’agisse de mort ou d’amour, les personnages conservent le même flegme, qui semble être une institution en Norvège.
Le plus frappant, à la vue de Norway of Life, c’est la diversité des registres dans lequel se place le film, la pluralité des ambiances, et les différentes échappatoires qui voient s’effacer le monde des bureaux pour en ouvrir un nouveau, profondément plus énigmatique : on est dans le fantastique. L’ambition est de nous montrer la face cachée de la ville norvégienne, ce que l’on peut y trouver lorsque comme le héros on ne sait plus quel chemin suivre, ni vers qui se tourner. Grâce à un cadrage très précis, et une attention particulière apportée aux moindres détails, le réalisateur peint de véritables tableaux, qui sont les héritiers de Jean van Eyck et ses successeurs renaissants. Ces plans figés, qui attendent notre admiration sont suffisamment nombreux pour nous transporter au-delà du film, dans une exposition picturale, ou photographique, où l’on est impatient de dévorer toutes les trouvailles de Jens Lien, génial réalisateur du film.
Les voies prises par le héros sont multiples : abandonné de tous - sa solitude était d’ailleurs amorcée avec une finesse subtile et malicieuse au générique - il retourne sur le territoire lunaire et rugueux qui ouvre le film; insatisfait, il reste perplexe et s’enfuit, plutôt que d’affronter cet environnement hostile, incompréhensible au yeux de tous. Tout est plausible, mais quel sens donner à cette station service ? à ce bus vide circulant dans ce No man’s land galactique ? Quel sens donner à tout cela ? David Lynch lui-même n'en aurait probablement pas la réponse, sans doute pas plus que Frank Kafka. Norway of Life tire le meilleur de chacun de ces deux artistes pour nous offrir un mélange des genres grandiose : du fantastique, déviant vers le film d’horreur sanglant, le drame amoureux, saupoudré par un soupçon d’humour que l’on ne peut que féliciter. Le tout devient un véritable document et une oeuvre d’art pure.
Un dernier élément inévitable doit être mentionné. Le film ne s’enferme pas dans un pessimisme plombant Au contraire, plutôt que de se morfondre, le personnage se maintient, et part en quête de lumière, il la traque, la recherche désespérément, c’est sa raison de vivre. Certainement aussi celle de l'auteur : il sculpte à partir de jeux de lumière audacieux, un espace colorées rappelant les années disco. Indépendamment de tout le mobilier classique des magasins Ikea, dont le monopole est ici vivement critiqué par l’auteur (querelle de voisin ???), le traitement de la lumière et des luminaires est unique. La cave d’Hugo, son « ami » qu’il rencontre au hasard d’une discussion chocolatée en est exemple. Mais que représente la lumière : le bout du tunnel, le corps d’une femme, le salut du héros ?…Les suggestions de l’auteur sont multiples, elles ont le mérite de nourrir notre réflexion, en lieu et place d’un embrigadement. Velkommen en Norvège.
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Publié
le 30/03/2007 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Richesse de la lumière, force des décors, cette perle norvégienne est à mettre au rang de chef d’œuvre. Les plans sont des tableaux, Norway of Live une exposition, un point de contact entre cinéma, littérature, peinture et photographie. Unique. |
9/10
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