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Critique : Millions |
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C’est un Danny Boyle assez sage qui nous arrive avec ce qu’on peut appeler un conte moderne pour enfants qui tranche nettement avec ses réalisations précédentes.
Deux années ont passé depuis la semi-réussite (ou semi-déception c’est selon) de 28 jours plus tard, film de zombies gore et original au moins dans sa première moitié. Danny Boyle effectue aujourd’hui un virage à 180° en nous livrant Millions, gentil conte qui nous montre le jeune Damian Cunningham, enfant rêveur qui est témoin d’apparition de divers saints dont il connaît tout, au travers de visions dans lesquelles il se réfugie depuis la disparition tragique de sa mère. Après avoir emménagé avec son père et son grand frère Anthony, dans un nouveau lotissement proche d’une voie ferrée, il est témoin de ce qu’il croit être un geste du seigneur lorsqu’un sac remplit de billets frappés à l’effigie de la Reine atterrit à ses pieds. Il va aussitôt prévenir son frère et vont ensemble garder le secret. Il se sent alors investi d’une mission divine et va essayer de soulager des pauvres en leur donnant quelques liasses. Mais il va se rendre compte que cela n’est pas si simple et, entre son frère qui se la joue pro et qui veut investir dans l’immobilier, et un homme louche qui cherche à récupérer l’argent, Damian va vite être déboussolé dans cette société britannique dont le passage à l’Euro est imminent.
Incarnant parfaitement le jeune enfant naïf, Alex Etel est le véritable héros de ce film qui joue avec une sincère sensibilité et innocence le couple qu’il forme avec son frère, deux jeunes enfants qui ont un rapport beaucoup moins compliqué que les adultes avec l’argent. Et c’est donc avec leur vision d’enfant qu’ils vont essayer de faire au mieux avec tout cet argent, croient-ils venu de nulle part. A travers eux, Danny Boyle en profite pour égratigner sous forme de morale maladroite les rapports des humains avec l’argent, la société de consommation dans laquelle nous vivons, et se moque également gentiment de la religion à travers les visions du jeune héros (le nombre de saints qui existent et leur fonction est éloquent). Cela donne parfois l’impression de parasiter le récit, mais il en découle quelques moments de pur bonheur. Le réalisateur, à l’instar de la scène d’introduction avec la « naissance » du quartier et ses maisons qui s’érigent autour des deux enfants, fait preuve d’une inventivité visuelle bienvenue.
La réalisation est, quant à elle, un peu confuse et par moments, on a le sentiment que certaines scènes arrivent un comme un cheveu sur la soupe et auraient pu être évitées. Le scénario pêche par manque d’inventivité sur la fin : en effet, à partir du moment où le bandit veut récupérer son argent, le film perd de sa grâce pour retomber dans une intrigue assez mal fichue qui va emmener une réflexion maladroite sur l’argent à travers la réaction du père de famille. En plus de cela, les péripéties s’enchaînent de façon un peu chaotique jusqu’à ce final trop plein de bons sentiments, et étonnamment moralisateur de la part de ce réalisateur, qui gâchent le plaisir pris jusque-là d’assister à un film plein de fantaisie. Dommageable, mais pas rédhibitoire.
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Publié
le 23/07/2005 par Cyril Perraudat
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| Verdict |
Danny Boyle tient bon la barre pendant les trois quarts du film bourrés d’inventivité et de poésie avant de lâcher du leste dans un final plutôt brouillon et moralisateur. Un film tout de même conseillé pour s’évader de la monotonie. |
6/10
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