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Critique : Angel |
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François Ozon fait dans le mélodrame en costume qui tache mais le fait avec classe avec Angel.
François Ozon tient vraiment une place très particulière dans le paysage cinématographique français. Assurément le plus productif des réalisateurs, il est aussi celui qu’on a le plus de mal à suivre.
Après un début de carrière carrément barré, il connait son heure de gloire face au grand public avec 8 femmes avant de passer à des drames intimistes. Après son excellent Le Temps Qui Reste, le voici qui revient pour cette année 2007 avec un projet étonnant, en anglais de surcroit (et l’une des bandes-annonces les plus effrayantes de l’histoire !). Angel est une adaptation du roman éponyme d’Elizabeth Taylor. Ce mélodrame prend place au début du XXième siècle en Angleterre. La jeune Angel Deverell est persuadée d’être une grande écrivaine. Gonflée d’orgueil, elle est confirmée dans son intuition par l’éditeur Théo qui décide de la publier. Le succès arrive vite donnant au scénario l’ampleur d’une fresque comico-romantique sur une arriviste totalement coupée de la réalité.
Le début du film de François Ozon déstabilise. Il nous plonge dans un univers plutôt bien reconstitué mais rempli de mauvais goûts. Kitchissisme, toute la première partie du film en fait des tonnes dans ce qui ressemble à une parodie de mélodrame. Toute la réalisation se met au diapason des livres de troisième zone qu’écrit Angel. La musique y va à fond dans le mielleux symphonique, les dialogues sont lourds à souhait, les drames s’accumulent et le tout est joué avec un cabotinage certain. Comme ça, la description du menu concocté par François Ozon est franchement effrayante. Pourtant, cette première partie d’Angel porte un charme indéniable. Il a déjà l’avantage de lier les deux visages de son réalisateur. L’image, feutrée, classieuse, rappelle le travail accompli sur 8 femmes et l’amour de ce bientôt quarantenaire pour cette ambiance. Mythomane arriviste sans aucun remord, Angel s’en donne à cœur joie dans les coups bas et les mensonges. Il faut l’avouer, son amoralité est assez jouissive, placée dans le contexte ultra codifié du mélodrame. Ozon ajoute cet effet comique par des petites idées de réalisation, telle une utilisation des fonds bleus datant d’une autre époque.
Mais se moquer d’un genre risible en soi est loin d’être une performance. Là où François Ozon réalise un tour de force, c’est dans une seconde partie où il met en scène la déchéance d’Angel. Il arrive à nous faire ressentir des émotions pour un personnage qui jusque là ne nous faisait que rire par son mauvais caractère. Toutes les qualités techniques prennent une autre ampleur. Costumes, décors, photographie, tout participe à cette nouvelle ambiance qu’Ozon tisse avec talent. En quelques cadres, il arrive à donner une vraie intensité dramatique à sa réalisation. L’actrice anglaise Romola Garai, excellente lors de la jeunesse excessive d’Angel, change radicalement de registre pour humaniser son personnage. Le réalisateur français nous livre ainsi un pur mélodrame touchant, doublé d’une réflexion sur l’art. Pari d’un amoureux du cinéma absolument malade, cet Angel est donc une réussite parvenant à mêler second degré et hommage sincère à un genre. Plus étonnant encore, on ne s’ennuie à aucun moment pendant ces 2h20 de mélo dégoulinant !
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Publié
le 11/03/2007 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
A la fois hommage touchant et parodie réussie, Angel captive par sa sincérité, sa personnalité et sa maitrise technique. |
8/10
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