L’assez inégal Phillip Noyce nous plonge en plein dans la résistance sud-africaine de l’apartheid avec Au nom de la liberté.
L’Afrique continue d’inspirer le cinéma occidental, et surtout américain. Un mois après
Blood Diamond et deux semaines après
Le Dernier roi d’Ecosse, voici
Au nom de la liberté qui nous propose aussi de revisiter l’histoire de ce continent, en espérant qu’un jour les scénaristes se rendront compte que l’actualité tragique peut aussi les inspirer et ouvrir les yeux sur des situations dramatiques (l’implication de l’Eglise catholique dans l’épidémie du SIDA ? mais je m’égare…).
En attendant surtout
Goodbye Bafana avec
Dennis Haysbert dans le rôle de Nelson Mandela,
Phillip Noyce nous propose d’observer la résistance sud-africaine face à l’apartheid par un point de vue plus modeste, celui de Patrick Chamusso. Loin d’être un militant, ce contremaitre fait profil bas pour continuer à travailler jusqu’au moment où un attentat est perpétré dans sa raffinerie. Soupçonné à tort, il se fera torturer ainsi que sa femme Precious par Nic Vos, un policier blanc. Il décide alors de rejoindre les militants expatriés qui se rassemblent pour renverser le pouvoir blanc en place.
Malgré toutes les bonnes intentions qu’affiche
Au nom de la liberté, on ne peut faire que grise mine face à cette histoire vraie écrite par
Shawn Slovo, une scénariste fille de militants blancs anti-apartheid. Le début essaie de présenter en parallèle le personnage de Patrick Chamusso et Nic Vos pour un résultat catastrophique.
Phillip Noyce juxtapose à un rythme insoutenable des mini séquences absolument bateaux sensées nous montrer le quotidien des deux hommes. Sans intérêt, cette présentation est surtout très mal menée et montre l’incapacité du réalisateur à présenter ses personnages. Aucune volonté de réalisme ne pourrait justifier ce traitement étant donné les effets ultra vulgaires et mal maitrisés (ralentis, décadrages…) que se permet Noyce. Le tout est agrémenté d’une superbe musique ultra mielleuse pour rendre le tout indigeste. A ce point du film, on commence à se dire qu’il mérite son titre français, ignoble.
Démarre alors une seconde partie suivant l’engagement de Patrick Chamusso dans les forces expatriées de la ANC. On se prend alors à espérer à une ampleur différente, celle d’un film efficace sur la résistance armée, vœux à moitié exaucé. Si
Phillip Noyce garde en général une réalisation assez plate, on trouve dans la seconde partie plus de motifs de satisfaction. Certains cadres tout d’abord sont très intéressants mais ils ne sont pas forcément bien utilisés. Lors de quelques scènes, le réalisateur trouve même une efficacité insoupçonnée grâce à la musique. Dès qu’il utilise des chansons autres que celles de
Philip Miller, notamment des standards de Bob Marley, une meilleure ambiance prend le film et donne les meilleurs séquences. Le gros défaut de ce
Au nom de la liberté c’est qu’il n’arrive jamais, à l’exception de deux ou trois scènes où il utilise intelligemment la musique, à capter l’énergie qui habitait visiblement la résistance sud-africaine. Par cette réalisation extrêmement faiblarde,
Phillip Noyce gâche donc un scénario fort même si il en fait un peu trop par moment. Cette histoire vraie et forte accouche d’un film rébarbatif à l’exception de quelques grands moments.