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Critique : Bug |
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Le réalisateur culte de l’Exorciste revient avec un huis-clos monstrueux dans lequel il est question d’insectes, mais aussi d’amour...
Lorsqu'elle entame une romance avec Peter, Agnes, qui loge dans un vieux motel et vit dans la peur de son ex-mari violent, retrouve un peu espoir. Mais cet homme, ancien soldat paranoïaque, va devenir très perturbé lorsque les premiers insectes vont faire leur apparition...
C’est important d’aller de temps en temps au cinéma pour se faire du mal. Aller voir un film pour se faire violence. Devenir la victime à moitié consentante d’une œuvre dont on sait qu’elle nous emmènera très loin, trop loin peut être. Bug fait parti de ces expériences limites que l’on reçoit comme un coup de poignard dans le ventre, avec l’impression d’avoir aimé ça, au-delà du raisonnable. Alors, Bug, qu’est ce que c’est ? Pour en parler, il faudrait évoquer le théâtre, le stand up, la danse contemporaine ou le body art. Mais Bug est d’abord une histoire d’amour, la plus douloureuse et la plus folle de toutes. Un homme et une femme à la dérive se rencontrent dans un motel crasseux. Autour d’eux, un monde qui s’effondre. Sous leurs peaux, des insectes mutants, grouillant par millions. Une histoire de fous, une histoire d’amour fou.
En adaptant une pièce de théâtre de Tracy Letts, William Friedkin réalise, plus de trente ans après l’Exorciste, un huit clos d’une incroyable modernité. Pas question de laisser la place aux jeunes ! La mise en scène de Friedkin est dynamique, furieuse et le film est en ébullition constante. Trop en dire sur son contenu serait briser le sortilège qui l’anime, car le principal intérêt de Bug, c’est d’être imprévisible d’un bout à l’autre. On s’attend à tout, mais surtout au pire : morts violentes, explosions, tremblements de terre… Les personnages pourraient se transformer en fourmis géantes que ça ne nous étonnerait même pas. La force évidente du film, ce sont ses acteurs, Bug procurant des émotions que seul le théâtre d’ordinaire procure. Ashley Judd, d’abord. Elle est démente dans le personnage d’Agnes. Ce n’est pas une performance d’actrice, c’est un buisson ardent. D’abord émouvante et drôle avec sa dégaine de bécassine, elle se métamorphose peu à peu en créature inquiète et dangereuse, une guêpe probablement. Elle hurle, crache, pleure, vomit sa détresse à la gueule du spectateur avant de finir en apothéose dans une scène improvisée inhumaine et d’entraîner ainsi toute la salle de cinéma dans sa chute. « I’m the super mother bug !! » proclame-t-elle, et vous n’aurez probablement jamais rien vu d’aussi effrayant.
Face à elle, Michael Shannon se débat comme un diable sous l’écrasante folie de son personnage et porte dans son regard toute l’horreur du monde. Il trouble et bouleverse à chacune de ses apparitions. Théorie du complot, syndrome post-guerre du Golf, parasites transgéniques et expériences secrètes : dans la démence de Peter surgit tout ce que l’Amérique a engendré de cauchemardesque et de plus déglingué ces dernières années. Comment Agnes a-t-elle pu trouver écho à sa douleur dans un tel enfer ? Une question qui nous plonge dans une profonde mélancolie. Bug vient confirmer l’intérêt que porte aujourd’hui le cinéma indépendant américain pour les expériences physiques et radicales. A l’heure où trop de séances de cinéma semblent nous traverser comme des fantômes, combien de films portent en eux une telle énergie et une telle singularité ? Vol 93, Shortbus, INLAND EMPIRE et maintenant Bug, autant d’œuvres capables de tout emporter, acteurs, réalisateurs et spectateurs, au cœur de leurs tornades.
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Publié
le 03/03/2007 par Marguerin Le Louvier
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| Verdict |
Bug est une œuvre surgie de l’enfer, monstrueuse et malade à en crever, portée par une mise en scène phénoménale et deux acteurs littéralement possédés par leurs personnages. Un grand film d’horreur psychologique, surprenant et terriblement excitant. |
9/10
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