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Critique : Hannibal Lecter : les origines du mal |
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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir (ou pas) sur le jeune Hannibal Lecter sans jamais avoir osé le demander : c’est ce que nous propose Peter Webber dans un film qui ne laissera pas de trace.
En 1944, les troupes russes et allemandes se rencontrent au niveau de la propriété familiale des Lecter et tuent les parents. Le jeune Hannibal (Aaron Thomas) se cache avec sa petite sœur Mischa dans un cottage, mais les enfants sont rejoints par des pillards cherchant à éviter d’être retrouvés par les deux armées ; très vite, la nourriture vient à manquer, et ceux-ci décident de tuer Mischa pour la manger. Dix ans plus tard, Hannibal (Gaspard Ulliel) s’échappe d’un orphelinat après avoir fait quelque peu saigner un gardien : il part à Paris rejoindre la seule famille qui lui reste, un oncle, qui s’avère décédé, et rencontre la veuve de ce dernier (Gong Li), une japonaise à l’ancêtre samouraï. Sur place, il commencera à étudier la médecine et prendra une grande décision : retrouver et pourchasser Grutas (Rhys Ifans), Kolnas (Kevin McKidd), Grentz (Ivan Marevich), Milko (Stephen Walters) et Dortlich (Richard Brake), les soldats cannibales. Hannibal, ou la naissance d’un monstre...
Avant toute chose, petit rappel pour pouvoir bien situer cet Hannibal Lecter : les origines du mal. Le personnage d’Hannibal est né de l’imagination de Thomas Harris, et a rapidement conquis un large public surtout avec Le silence des agneaux, deuxième roman après Dragon Rouge. Bien sûr, les livres ont été adaptés : Dragon Rouge donna naissance au film Le sixième sens (à ne pas confondre avec celui de M. Night Shyamalan) en 1986 et à Dragon Rouge en 2002. Le film Le Silence des agneaux date, lui, de 1991 ; c’est la première fois qu’Hannibal Lecter prend les traits d’Anthony Hopkins. Fort du succès de ce qui est presque une franchise, Thomas Harris décide d’écrire une suite résolument commerciale, puisque l’intrigue s’attache à suivre les aventures de Lecter et de Clarice Starling, les deux personnages qui ont plu aux lecteurs/spectateurs : Hannibal prend le devant de la scène. Le film, Hannibal, sort quelques mois plus tard, en 2001. Thomas Harris récidive alors et écrit Hannibal Rising, censé expliquer pourquoi son personnage est « si méchant » (et pourquoi il mange les gens, aussi, au passage …). Les droits d’adaptation sont achetés immédiatement, et Hannibal Lecter : les origines du mal sort dans la foulée du livre : c’est beau la promotion.
L’idée de départ du scénario, expliquer pourquoi Hannibal est Hannibal, est déjà quelque peu vaseuse : le principal attrait de Lecter étant justement son côté mystérieux, pourquoi parler de son enfance ? A-t-on réellement besoin d’avoir le mode d’emploi pour devenir le parfait psychopathe ? Oui, nous répond Thomas Harris, qui a dû sentir l’argent venir. Bon, admettons. Alors finalement, le grand Hannibal est cannibale parce que quand il était petit, sa sœur s’est faite manger. Terrible simplification d’un comportement qui existe depuis toujours et est si ancré dans certaines cultures qu’il s’inscrit dans tout un rituel… Beaucoup se sont penchés sur le cannibalisme, et je doute qu’un seul chercheur l’ait rattaché à un traumatisme de ce genre. Et que dire aussi de cet Allemand qui s’est retrouvé devant un tribunal parce qu’il avait mangé le penis d’un homme (alors que celui-ci était volontaire et avait été choisi après un casting serré) ? Enfin bref, tout cela pour dire que l’explication, en plus d’être superflue, est plus que fumeuse.
On nous explique donc patiemment d’où viennent tous les traits de caractère d’Hannibal Lecter : pourquoi il est cannibale, pourquoi il aime particulièrement les joues, pourquoi il sait tant de choses sur le corps humain... on a même une allusion à sa manie de « psychologiser » chaque comportement (soyez vigilants : c’est pendant l’interrogatoire de Lecter par le commissaire, joué par un Dominic West très juste). Et le jeune Lecter, dans son malheur, a quand même bien de la chance : quand il retrouve la maison de son oncle, il tombe sur une jolie veuve qui – comme par hasard – est japonaise, a un ancêtre Samouraï dont elle garde tout le costume, et – bien sûr – sait se battre à l’épée et lui apprend son art. C’est bien pratique, quand on a le cerveau dérangé et la farouche volonté de tuer pas mal de gens.
Le film se divise en fait en deux parties : l’enfance d’Hannibal, filmée de façon plutôt esthétique (c’est toujours joli, la neige, et puis le réalisateur nous a montré qu’il aimait les belles scènes avec La Jeune fille à la perle), et sa période « jeune adulte », qui dérape de plus en plus. Et là, attention, parce que c’est le mal qui va éclore sous vos yeux, si, si, c’est d’ailleurs dit dans le titre. Certes, Peter Webber a voulu faire un crescendo dans l’horreur et la barbarie, mais l’apogée de cette montée est presque risible et manque furieusement de consistance. La fracture mentale du personnage, qui apparaissait par touches au début, cède la place à une simple logique de vengeance dans laquelle Lecter s’enferme. La seule chose qui sauve cette seconde partie, c’est assurément la performance de Gaspard Ulliel, qui nous fait complètement oublier sa pâle prestation de Jacquou le Croquant. Il y est impeccable de cruauté et de folie mélangées, et, disons le franchement, le rouge (sang, bien sûr…) lui va très bien. Beaucoup craignaient qu’il ne parvienne pas à se hisser au niveau d’Anthony Hopkins ; qu’ils se rassurent, l’acteur s’est montré digne de son illustre prédécesseur et a parfaitement intégré le personnage.
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Publié
le 11/02/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
La préquelle de la trilogie d’Hannibal n’est pas foncièrement mauvaise, mais s’oublie très facilement. On ne retiendra que l’image de cet enfant qui s’effondre dans la neige, et le sourire carnassier de Gaspard Ulliel dans ce qui est probablement sa meilleure performance. |
4/10
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