Quand Steven Spielberg décide de revisiter un classique parmi les classiques du film catastrophe, cela donne une expérience visuelle et technique tout bonnement époustouflante. On ressort réellement harassé de cette Guerre des Mondes.
Remake du film de 1954 de
Byron Haskin,
La Guerre des Mondes met aux prises la population face à une menace qui la dépasse en tout point. Tout commence par d’étranges phénomènes météorologiques, la foudre frappant violemment plusieurs parties du globe et paralysant tous les systèmes électriques. Pour Ray Ferrier (
Tom Cruise), docker divorcé, c’est le début d’une aventure épique, une apocalypse soudaine qui le mettra lui, son fils de 17 ans ainsi que sa petite fille de 11 ans face à des évènements venus d’ailleurs et dont très peu auront la chance de ressortir vivant.
Steven Spielberg prend donc un risque considérable en décidant de réadapter à l’écran ce roman fantastique écrit en 1898 par HG Wells. Pourtant, dès les premières minutes, le réalisateur instaure une certaine terreur qui ne nous lâchera plus tout le long de l’aventure.
Tom Cruise, assez puéril et crédible en papa-ado attardé, devra rapidement réagir face à cette menace grandissante (c’est bien le cas ici) qui va mettre en péril sa vie, ainsi que celle de ses enfants, venus passer le week-end chez lui. Ainsi, le spectateur est rapidement pris dans ce déluge catastrophique, si bien que la plupart resteront muets et immobiles face à cette calamité qui pourchasse sans relâche toute forme humaine. On assiste impuissant à la fuite des hommes face à une force qui les dépasse.
Tom Cruise s’improvisera-t-il sauveur de la nation ? Non, comme les autres il court sans vraiment savoir où aller.
Spielberg contourne habilement les ficelles habituelles du film catastrophe Hollywoodien. Ici, point d’héroïsme exacerbé, de patriotisme, ni même d’humanité. La panique l’emporte sur la raison et l’homme redevient une menace pour lui-même. L’apparition du Tripode dans la ville est transcendante de réalisme, on en reste bouche bée, le souffle coupé devant une telle tragédie.
Evidemment, tout cela baigne dans une technique irréprochable. Si la mise en scène est effroyable de réalisme, c’est également dû à une photo superbe et un son qui paralyse littéralement le spectateur à son siège. On redoute le prochain moment où l’on entendra le Tripode hurler, synonyme de mort inévitable pour la population.
John Williams propose également des thèmes néo-rétro qui contribuent grandement à installer une sensation de panique et de stress continu. Sombre et inquiétante, la couleur reflète parfaitement le chaos et l’impuissance des protagonistes. La scène de la cabane avec Harlan Ogilvy (
Tim Robbins) est juste bouleversante d’intensité. Et que dire du jeu des principaux protagonistes si ce n’est qu’il est juste exceptionnel. La jeune
Dakota Fanning transperce l’écran et dégage une émotion palpable, notamment dans cette même scène de la cabane. Techniquement irréprochable, dramatiquement intense, cette nouvelle réalisation signée
Steven Spielberg ne peut laisser insensible.
Toutefois, on ne pourra que rester un tantinet déçu du message moralisateur (mais fidèle au livre original néanmoins) délivré par une fin un peu trop abrupte, ainsi que par le personnage de père attardé, en froid avec ses enfants, un chouia trop convenu.
Steven Spielberg distille la peur avec une maestria et une facilité déconcertante même si certains regretteront le familialisme typique du réalisateur. Stressant, captivant, et hypnotisant,
La Guerre des Mondes l’est indéniablement, la panique est constante et le résultat est sans appel. Certains y dénoteront toutefois quelques rapprochements avec la Shoah (extermination, exil des hommes) ou encore les attentats terroristes (l’avion qui s’écrase au pied de la maison), mais
La Guerre des Mondes, véritable blockbuster hyper attendu, se révèle finalement plus proche du film d’auteur, audacieux et humain. Il déclenche des émotions très intenses en décrivant une apocalypse atroce. Une leçon de cinéma, rien de moins. Après ET et Rencontres du troisième type, Spielberg dresse le portrait d’une invasion extra-terrestre apocalyptique, où l’héroïsme et le patriotisme typique des films du genre cèdent leur place à la panique et à l’anarchie. Tom Cruise excelle tout comme les deux jeunes acteurs qui tenteront avec lui d’échapper à une fatalité qui semble inéluctable.