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Critique : Bobby |
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Un casting flamboyant et un sujet pas si sage qu’il n’y paraît : Bobby est le premier film politique de ce début d’année. Et on ne doit pas passer à côté.
Bobby se reçoit d’abord comme une baffe contre nos préjugés. C’est vrai quoi : encore un film d’acteur avec une pléiade de stars venues exercer leur contribution artistique pas chère de l’année pour faire plaisir à un copain. Et un film politique de surcroît, histoire de se la jouer movie star engagée, ce qui est fort à la mode nos jours. Vous y croyez ? Erreur sur toute la ligne : Bobby est déjà une grande œuvre.
Le plus grand danger des films à plusieurs voix consiste à faire exister de manière substantielle et non-manichéenne l’ensemble des personnages qui les compose, tout en évitant les successions lassantes de sketches plus ou moins bien assemblés. La réussite d’Emilio Estevez tient ici du tour de force d’un équilibriste. Pensez donc : pas moins de 22 rôles à texte, et tous, de la star Sharon Stone au jeune (et excellent !) Freddy Rodriguez, se payent le luxe d’une partition de virtuose, bien écrite, intelligente et fouillée. Il n’y en a pas un qui soit là pour faire de la figuration dorée, pas même le grand Harry Belafonte et ses 10 minutes de présence à l’écran. Une réussite impressionnante que l’on doit à un scénario rédigé de main de maître par Emilio Estevez lui-même, et à un montage discret et très efficace qui rend les enchaînements parfaitement naturels. Du grand art.
Emilio Estevez se révèle de plus être un excellent directeur d’acteurs (pas étonnant me direz-vous), ce qui est évidemment un atout majeur dans un film choral. Dur de résister à la tentation de faire du name dropping, alors faisons court : ils sont tous parfaits. Emilio Estevez semble être parvenu à arracher le meilleur d’eux-mêmes à ses interprètes là où on ne les attendait pas forcément. Un nuage dans les yeux de Martin Sheen, une rougeur sur le visage de Lindsay Lohan, un frémissement sur les lèvres de Helen Hunt, autant de riches détails présents à presque chaque plan. Un vrai bonheur. Rendez-vous compte que même Ashton Kutcher fait preuve de talent ! On peut aussi mentionner le cas particulier et plutôt émouvant de ces deux anciens sex symbols des années 90, et aujourd’hui dans le creux de la vague que sont Sharon Stone et Demi Moore. Les deux femmes, débarrassées de leurs atouts physiques (Sharon Stone n’a jamais été moins mise en valeur que derrière sa choucroute blonde et sa gaine de ménagère) livrent des prestations touchantes, mais aussi très mélancoliques. Car on peut voir derrière ces deux portraits de femmes gâchées l’évocation d’une industrie qui avale puis vomit ses créations à l’apparition de la première ride. C’est probablement ce qui rend la confrontation de la vamp de Casino avec la toute jeune Lindsay Lohan si troublante. Dommage que la musique parfois trop appuyée de Mark Isham amène des touches de sentimentalisme déplacées.
Cependant, Bobby rassemble ces personnages dans un but bien précis, qui dépasse largement le cadre cinématographique, et qui fait toute sa force. Si Emilio Estevez présente son Amérique des sixties avec une partialité revendiquée, il le fait toutefois sans passéisme ni mauvaise foi, et offre ainsi un univers complet et saisissant pour asseoir son propos : la chronique d’un meurtre qui, quoi que l’on pense de la victime, a irrémédiablement fait basculer les Etats-Unis dans un cercle ininterrompu de violence et d’agressivité. Il est frappant, et même effrayant, de constater à quel point les discours, problèmes sociaux, images d’archives et rêves d’avenir trouvent un prolongement et une résonance aussi exacts dans le monde d’aujourd’hui. Bobby est un nouvel exemple flamboyant de cette Amérique qui réfléchit sur son présent en regardant vers le passé (Mémoires de nos pères, Jarhead - La Fin De L'innocence, Good Night, and Good Luck….). Un exercice d’autant plus appréciable que Bobby s’intéresse à l’avenir, en tendant à ses compatriotes le miroir d’un futur déjà advenu.
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Publié
le 04/02/2007 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Casting de stars, scénario impeccable et surtout un film fort et réfléchi : Bobby est l’une des perles immanquables de ce début d’année. |
8/10
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