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Critique : Molière |
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Laurent Tirard s’attaque au plus grand auteur français et confie le role de Molière à Romain Duris.
En 1998, Shakespeare in Love décrivait la façon dont le célèbre dramaturge anglais s’était inspiré de sa vie pour écrire Roméo et Juliette. Fortement récompensé aux Oscars, le film semble avoir assez directement inspiré les deux scénaristes Laurent Tirard et Grégoire Vigneron qui nous livrent aujourd’hui leur Molière. Ils suivent l’auteur français alors que ses échecs dans la tragédie l’ont fait mettre en prison pour cause de dettes. L’histoire retient que Jean-Baptiste Poquelin n’est réapparu que quelques mois après pour partir en tournée loin de Paris avec sa troupe pour jouer des farces. Les deux scénaristes imaginent ce qui aurait pu déclencher un tel changement chez Molière. Après son emprisonnement, le voici sauvé par un certain Monsieur Jourdain qui l’engage pour lui apprendre à jouer. Molière rencontrera ainsi plusieurs personnages qui lui inspireront ses futures comédies mais aussi des dialogues et des situations précises. Mensonges et trahisons et plus si affinités...
Pour rendre sur grand écran l’univers de l’auteur, le défi était le jeu d’acteur, brillamment relevé par le casting concocté par Laurent Tirard. Si la dégaine de Romain Duris sur l’affiche faisait peur, en mouvement, c’est tout autre chose. On croit rapidement à cet espiègle auteur. Le réalisateur met des acteurs avec du répondant face à sa tête d’affiche. Les deux fortes personnalités de Fabriche Luchini et Edouard Baer se marient à merveille avec des rôles tirés des pièces de théâtre. Du côté de la distribution féminine, Laura Morante et Ludivine Sagnier tirent leur épingle du jeu. Le tout se livre à des joutes verbales de hautes volées avec un esprit cabotin. Le scénario joue avec l’univers de l’auteur avec un respect total. Laurent Tirard ne se laisse jamais emporter par le jeunisme qui a pu toucher tant de productions récentes reprenant des classiques ces dernières années (Fanfan la tulipe se rappellera à notre mauvais souvenir…). Il évite le piège du théâtre filmé en jouant dès la première scène de pantomime sur une théâtralité totalement assumée qui apporte un charme unique.
Malgré ce parti pris et ses bonnes intentions, Molière ne convainc pas entièrement. Pour son second film, Laurent Tirard n’arrive pas à insuffler dans sa réalisation la folie que les dialogues de Molière apportent. Après un début de film et une découverte des personnages des plus prometteurs, le film se pose beaucoup trop. Alors que l’on s’attend à découvrir d’autres personnages de l’univers de Molière, quitte à en mettre trop, les deux scénaristes choisissent de se contenter d’un nombre restreint de protagonistes et de dérouler une intrigue assez lente. Il manque définitivement à ce film le rythme de sa folie. A chaque digression, on sent déjà plus de liberté dans le ton, comme si l’histoire était devenue un fardeau restreignant l’imagination des scénaristes. La réalisation se contente de montages parfois douteux durant les dialogues et ne fait pas de recherche réelle d’originalité. C’est d’autant plus dommage que l’aspect technique du film tient la route. Les costumes et les décors nous plongent assez facilement dans le XVIIe siècle, aidés par une photographie d’assez bonne qualité. Molière réussit toutefois un tour de force qui n’était pas gagné : paraître ridicule quand il le veut mais être crédible le reste du temps.
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Publié
le 05/02/2007 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
Une traversée sympathique de l’univers de Molière portée par ses comédiens, mais qui manque un peu de folie. |
6/10
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