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Critique : Jacquou Le Croquant |
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La nouvelle version de Jacquou Le Croquant est une belle déception : Laurent Boutonnat, médiocre, est loin d’être à la hauteur de ses ambitions.
1815 : alors qu’à Paris Louis XVIII monte sur le trône, dans le Périgord le jeune Jacquou (Léo Legrand) vit heureux avec ses parents. Mais suite à un accident, son père (Albert Dupontel), bonapartiste, se retrouve pourchassé par les hommes du comte de Nansac (Jocelyn Quivrin), puis, trahi par un ami, il est condamné au bagne où il meurt le premier jour ; la mère de Jacquou (Marie-Josée Croze) meurt elle aussi, de chagrin. Le jeune garçon, bien décidé à les rejoindre, se laisse mourir sur sa tombe, mais il est recueilli par le curé du village (Olivier Gourmet) et son ami le Chevalier (Tchéky Karyo). Une petite quinzaine d’années plus tard, c’est Charles X et les Ultras qui dirigent la France, et le Comte de Nansac est bien décidé à reprendre le contrôle de ses paysans. Mais Jacquou (Gaspard Ulliel) a grandi, et, avec son amie Lina (Judith Davis) et ses compagnons Le bigleux (Gérald Thomassin) et Touffu (Malik Zidi), il va s’opposer au Comte et à sa fille Galianne (Bojana Panic) : voici venu le temps de la révolution...
Jacquou Le Croquant, c’est d’abord un roman devenu un grand classique, puis un feuilleton qui marqua toute une génération : une nouvelle adaptation était donc risquée, surtout que c’était le premier film de son réalisateur, Laurent Boutonnat, tout droit issu des clips. Au départ, le spectateur oublie ses a priori : les premières minutes sont très engageantes. Mais ça dérape très vite, et on se retrouve face à une succession maladroite de plans certes esthétiques mais d’une vacuité remarquable : rien ne se passe en dehors de la surface lisse issue d’une réalisation beaucoup trop inspirée des tableaux d’époque pour être honnête : si au début cette approche séduit, au bout de la cinquième scène champêtre (entre le blé blond, les rieuses lavandières, les enfants joufflus, le bal traditionnel …) on commence un peu à se lasser. L’œil avisé saura même reconnaître Les Glaneuses de Millet et quelques intérieurs estampillés « Rembrandt » : Laurent Boutonnat n’a pas fait que s’inspirer des tableaux, il les a carrément repris, par manque d’imagination probablement. On sent beaucoup trop qu’il vient des clips, et qu’il n’a pas su faire la transition ; la caméra s’attarde souvent là où il ne faudrait pas, et Jacquou le Croquant souffre d’innombrables longueurs qui l’alourdissent.
Le film s’annonçait comme une grande fresque épique pleine d’aventures, mais il s’essouffle vite ; et on ne peut même pas dire que le réalisateur a préféré l’aspect historique et social de l’histoire, parce qu’il est bien négligé aussi : ce n’est pas une bande de gamins chapardeurs qui va nous montrer l’état de pauvreté de la France paysanne de l’époque. Et au niveau politique, en dehors de quelques évocations des Ultras et une allusion légère au combat qui déchirait le clergé de l’époque, conditionnant toute la position religieuse future, rien ne transparaît. On se retrouve donc avec un comte qui a un regard méchant, des bottes sonores (souvent un signe de méchanceté dans les films) et des filles décadentes. Il est loin, le terrible Nansac … on finit même par se demander pourquoi les paysans veulent se révolter : il ne reste plus que le motif de la vengeance, lui aussi bien atténué. De plus, ce genre de film, pour tenir debout, doit avoir une bande-son solide qui donne elle aussi le goût de l’aventure (Est-ce que Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl serait aussi bien sans ses musiques ?). Mais Laurent Boutonnat s’en est chargé lui-même et, si en elle-même la musique n’est pas mauvaise, elle ne s’accorde pas tellement avec Jacquou Le Croquant et manque furieusement de souffle. Au passage, signalons que la chanson du générique est interprétée par Mylène Farmer, sur des paroles de Laurent Boutonnat qui y est allé très fort dans les clichés.
Autre point négatif : les comédiens manquent franchement d’inspiration, ce qui n’aide pas le film. Mais comme plusieurs ont déjà fait leurs preuves ailleurs, on en revient là encore à incriminer le réalisateur qui n’a décidément pas non plus de talent dans la direction d’acteurs. Le plus marquant, c’est certainement Gaspard Ulliel : il campe un Jacquou bien fade ; les deux parties du film (Jacquou jeune et Jacquou vieux) sont très inégales, la seconde étant très inférieure à la première, tant dans le rythme que dans le jeu des acteurs : le jeune Léo Legrand s’en sort finalement mieux que son aîné. Le réalisateur a quand même fait l’effort de choisir deux actrices au physique agréable dirons-nous, et – on se console comme on peut – ça permet de faire passer la pilule. Petite découverte : Bojana Panic, qui a un joli accent et un tout aussi joli minois (mais elle est mannequin, ça aide), et un jeu somme toute plutôt bon.
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Publié
le 25/01/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Jacquou Le Croquant a de belles images mais strictement rien derrière ; et si certains (surtout les enfants) apprécieront l’aspect épique présent même si avorté, les plus critiques se lasseront de cette plasticité creuse. Une chose est sûre : Laurent Boutonnat est, à tous les niveaux, un piètre réalisateur. |
4/10
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