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Critique : Fur |
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Steven Shainberg filme Nicole Kidman comme une Alice au pays des Freaks ; le résultat est esthétiquement réussi mais fade.
A New York, dans les années 50, Diane Arbus (Nicole Kidman) seconde son mari Allan (Ty Burell) dans leur studio pour photos de mode ; fille de riches fourreurs, elle étouffe dans son monde impeccable. Mais un jour, Lionel Sweeney, leur nouveau voisin (Robert Downey Jr.), emménage de nuit, le visage couvert d’un masque : Diane est fascinée. Elle finira par l’approcher, un appareil photo dans les mains. Et l’homme montrera à la mère de famille rangée un nouveau monde qu’elle a toujours rêvé de voir, peuplé de personnes difformes et monstrueuses. Diane quitte progressivement sa famille pour plonger dans cette nouvelle vie, sans retenue, craintive mais fascinée, jusqu’à la rupture totale avec son ancienne personnalité.
Fur, an imaginary portrait of Diane Arbus : le sous-titre annonce bien le film. Il ne faut donc pas s’attendre à voir ici un vrai biopic de la célèbre photographe, et c’est peut-être mieux ainsi : avec toutes ces retranscriptions de vies de musiciens, d’écrivains, d’hommes politiques, on commence un peu à fatiguer. Alors quand Steven Shainberg, réalisateur du génialissime La Secrétaire, veut nous parler de sa vision du travail surprenant de Diane Arbus, on adhère avant même d’avoir vu le film, surtout avec un casting pareil.
Alors, Fur, finalement, qu’est-ce que c’est ? A première vue, l’histoire d’une femme excessivement (anormalement ?) attirée par les poils, de façon viscérale, ce qui aboutit d’ailleurs à une scène de rasage intégral que le réalisateur a sûrement voulue érotique. En regardant mieux, c’est la peinture, la photo devrions-nous dire, d’une femme au foyer modèle qui bout à l’intérieur et qui, en trois mois, va se libérer à l’extrême et découvrir sa vraie personnalité. Steven Shainberg est parti d’une biographie d’Arbus écrite par Patricia Bothworth dont il a visiblement surtout retenu la fascination de la photographe pour les freaks et toutes les étrangetés humaines, des géants aux vrais jumeaux. On suit donc Arbus dans sa découverte d’un monde parallèle, comme une Alice décalée ; d’ailleurs, au cas où on n’a pas compris le rapport, Lionel lit à la cadette de Diane l’histoire d’Alice au pays des merveilles...
Le point fort du film, c’est certainement sa photo impeccable, sa plasticité sans tache, même si cela mène à certains excès qui rendent parfois le film maladroit (voyez le passage dans la piscine, ridicule à force de maniérisme exacerbé). Une belle photo, c’est bien, mais c’est dommage s’il n’y a rien derrière. Les acteurs évoluent dans cet univers avec plus ou moins d’aisance : Ty Burell est impeccable de retenue douloureuse, et c’est curieusement le plus à l’aise dans son rôle. Bien sûr, la voix feutrée de Robert Downey Jr. se marie très bien à son corps – poilu pour l’occasion – mais son jeu, une fois rasé, manque furieusement de punch. La prestation de Nicole Kidman laisse quelque peu perplexe : alors qu’on pouvait attendre beaucoup du retour de l’actrice dans un rôle fort, on se retrouve finalement frustré, comme si on ratait quelque chose : le rôle semblait à la mesure de son talent qu’on sait monstrueux, mais elle semble bridée pour rester dans les limites du film. Dommage : on aimerait qu’elle sorte du carcan, comme son personnage.
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Publié
le 19/01/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Fur a une plasticité indéniable mais un manque d’ambition frustrant ; et une fois qu’on a enlevé tous les poils, le résultat n’a pas tellement de consistance. |
5/10
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