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Critique : Une grande année |
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Ridley Scott filme Russell Crowe en Provence : préparez-vous à être déçus, le grand cru annoncé est à peine buvable.
Quand il était enfant, le jeune Max Skinner (Freddie Highmore) passait tous les étés chez son oncle Henry (Albert Finney) dans son vignoble de Provence et rêvait d’être acteur. Adulte, Max (Russell Crowe) est devenu un courtier vénal coureur de jupons et sans scrupules de Londres ; après une opération très juteuse mais moralement répréhensible, il apprend la mort de son oncle qu’il n’avait pas vu depuis dix ans et part en France faire une estimation de la propriété qu’il a reçue en héritage pour la vendre le plus rapidement possible : son avocat (Tom Hollander) la chiffre à plusieurs millions d’euros. Mais une fois arrivé sur place, tout se complique : son patron le suspend dix jours, le vin est une piquette imbuvable, le vigneron (Didier Bourdon) semble prêt à s’enchaîner aux vignes plutôt que de les quitter, une Américaine se déclarant fille illégitime de l’oncle Henry (Abbie Cornish) débarque soudain d’Amérique et compromet donc la transmission de l’héritage, et pour couronner le tout Fanny (Marion Cotillard), la propriétaire de la brasserie locale, est bien jolie...
Peter Mayle, publicitaire britannique, a un jour découvert la Provence et a décidé de s’y installer ; il a par la suite écrit toute une série de bouquins suivant les aventures d’anglais découvrant justement la Provence et décidant de s’y installer (comme par hasard …). Le fait est que ces livres ont rencontré un franc succès ; et quand, après une discussion avec Ridley Scott, Une Grande Année paraît, il trouve tout de suite son lectorat. Ridley Scott n’hésite alors pas à acheter les droits d’adaptation, et tout le monde se réjouit : avec le style enjoué de l’écrivain, le travail précédent du réalisateur et le casting de qualité, on pouvait s’attendre à un film très agréable voire touchant.
Et pourtant, Une grande année n’est, tout comme le vin produit sur le domaine, qu’une infâme piquette. Alors que l’histoire comme le cadre du film offraient de bonnes possibilités, le scénario a consciencieusement négligé tous les aspects un tant soit peu intéressants pour se contenter d’aligner les clichés avec une régularité digne d’un coucou suisse. Tout y passe : les réflexions poussées sur les « mangeurs de grenouille » et le vin, l’histoire d’amour téléphonée, le gentil garçon devenu méchant et qui redevient gentil à la fin, le traditionnel coup du « oh mon dieu je mène une mauvaise vie loin des valeurs fondamentales » … Ridley Scott, par une réalisation tout sauf inspirée, gomme sans vergogne tous les aspects qui auraient pu donner au film une vague poésie. Quant aux acteurs principaux, ils jouent mal, Russell Crowe en tête : avec un jeu aussi peu intéressé que le travail du réalisateur (et ce n’est pas peu dire), son personnage finit par être plus pathétique qu’autre chose. Bourdon, en viticulteur proche du terroir, n’est pas vraiment dans le ton et Marion Cotillard est très décevante. Heureusement, face à eux, Freddie Highmore et Albert Finney se complètent très bien et Tom Hollander, à chacune de ses apparitions, nous montre encore son grand talent. On découvre aussi en passant Abbie Cornish en cousine Américaine à la recherche de ses racines.
Autre point, la remarquable absence de tout effort pour se tourner vers un minimum de comique. Alors que le livre avait des passages savoureux, ici, même si ces derniers sont à peu près conservés par le scénario, tout tombe à plat. Comme le reste du film direz-vous, eh bien non : encore plus. Outre l’absence de bonne volonté de Ridley Scott – que nous n’avons pas fini de souligner, Russel Crowe ne chôme pas dans son travail de sape : n’ayant dans son jeu strictement aucun embryon de comique, il rate consciencieusement tous les passages qui auraient pu (notez le conditionnel) être un tant soit peu amusants. On finit par être à la fois amusés de la platitude plus que surprenante d’Une grande année compte tenu du réalisateur et du casting, et frustrés parce que derrière chaque scène ratée on peut sentir le potentiel du film.
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Publié
le 07/01/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Une grande année est un film sans relief, sans saveur et sans odeur qui amoncelle les clichés avec (semble-t-il) une franche délectation. |
3/10
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