George Miller nous dévoile sa vision de la banquise dans Happy Feet, mais se prend les pieds dans le tapis et nous livre un film en demi-teinte.
Après la trilogie Mad Max et un passage par la ferme avec Babe, George Miller s’essaie au film d’animation en images de synthèse avec Happy Feet. Sur la banquise, les manchots chantent pour se reconnaître, se séduire et trouver une place dans la tribu. Seulement voilà, le jeune Mumble montre rapidement des difficultés pour la discipline, mais compense ceci par sa faculté à faire des claquettes. Pas de chance pour lui, aucun autre talent n’est reconnu par les siens que le chant, sauf pour sa mère et son unique amie Gloria, la meilleure chanteuse manchote. Exclu de la tribu, Mumble trouvera du réconfort auprès d’une bande de pingouins latinos, menée par Ramon.
L’histoire du film, banale dans le fond, ne tient absolument pas le spectateur en haleine, et on assiste à un enchaînement de séquences, dans lequel le scénario n’est qu’obsolète. La première partie du film est consacrée à la mise en place de l’univers des manchots et se fait l’introduction de la vie du jeune Mumble, que l’on suivra jusqu’à son âge adolescent/adulte, mais cette mise en scène se fait extrêmement longue, si bien que le spectateur décroche dès les premières minutes. Assez présente dans cette séquence introductive, une voix-off relativement désagréable se fait narratrice, et nous guide à travers la vie et le périple de Mumble, et ce jusqu’à la fin du film. Le fond de l’histoire a déjà été traité plusieurs fois, et notamment dans le film d’animation en images de synthèse. Le thème de l’exclusion est fondamental dans ce film, qui s’articule comme une sorte de voyage initiatique intérieur, dans lequel le héros apprendra à accepter sa différence, et la faire accepter autour de lui, en traversant diverses épreuves qui l’amèneront à rencontrer d’autres peuples et d’autres cultures. Le tout traité à la manière d’un film musical.
Malheureusement, les chansons, d’une qualité honorable, restent en version originale, et le film qui devait être adressé à un public d’enfant ne l’est plus vraiment. Les chansons, censées exprimer les sentiments des personnages paraissent alors insignifiantes et la saveur du film se perd ici. De plus, l’alternance de la VF et de la VO perturbe l’attention du spectateur, qui décrochera bien vite s’il ne se sent pas concerné, et c’est le cas dans ce film lors de ces nombreuses séquences musicalisées, qui ne font pas avancer le récit et ne sont présentes qu’à titre démonstratif. Le rythme fait d’ailleurs défaut au film, puisqu’on est tour à tour embarqué dans le voyage, puis laissé de côté. Le réalisateur s’attarde sur des points qui ne méritent pas forcément d’être approfondis, si bien qu’on reste de glace face à de nombreuses scènes. Pour parler des personnages, il faut souligner leur manque de charisme certain, qui nuit à leur crédibilité dans le film. Par exemple, la bande de pingouins latinos, pourtant bavards, ont le regard vide, et ne se démarquent par aucun trait particulier. Dans la tribu des manchots, Mumble se démarque physiquement, mais n’exprime pas plus d’émotions. L’animation des animaux n’est d’ailleurs pas très convaincante dans l’ensemble. Au niveau des acteurs, ou du moins leur voix, le résultat est timide, si bien que malgré le casting assez prestigieux, le doublage fonctionne mais se contente du minimum.
Il faut néanmoins souligner la brillante mise en scène de George Miller, qui nous offre un superbe voyage sur la banquise de par des cadrages réussis et une gestion de la lumière assez ingénieuse. Les décors réalisés à l’ordinateur sont très réussis, de même que le rendu de l’eau assez remarquable. Un autre point à mentionner est la technique relativement originale et plutôt convaincante qui consiste à mélanger prises de vue réelles et séquences d’animations en images de synthèses. La technique, ici habilement utilisée, permet de faire coexister deux mondes qui ne se comprennent pas, celui des animaux de la banquise et celui des humains, pour dévoiler un message fort, écologique, et qui invite au respect. Malgré cela, le film se montre inutile, car il n’apporte pas grand-chose au genre ni au spectateur, puisque le réalisateur nous sert un plat, maintes fois goûté, si bien que l’on frise l’indigestion.
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