Après A Scanner Darkly, Richard Linklater nous livre son second film cannois de l’année, Fast Food Nation.
Richard Linklater est l’auteur le plus hype et talentueux du moment ! Enfin il en est persuadé… et il a réussi à convaincre aussi le festival de Cannes avec un film en compétition et un autre dans la section Un certain Regard. Après avoir vu
A Scanner Darkly, on peut se dire que l’événement
Linklater ressemblait plus à un flop. Le film se contentait de s’appuyer sur son concept visuel et oubliait totalement la psychologie complexe de ses personnages. Après un livre de
Philipe K. Dick, le réalisateur s’attaque à une nouvelle adaptation, celle de
Fast Food Nation, une enquête d’
Eric Schlosser sur les conséquences sociales de la prolifération des fast food aux Etats-Unis. Sur un sujet ô combien à la mode donnant de bons documentaires, le challenge est de créer une fiction à partir du livre-témoignage. Pour cela, Linklater regarde ce qui se fait autour de lui et choisit ce qu’il a de plus hype, logique ! Ce sera donc un film chorale où les drames humains de nombreux personnages tissent une chronique sociale. On pense tout de suite à
Guillermo Arriaga,
Stephen Gaghan (scénariste de
Traffic et réalisateur du raté
Syriana) ou encore
Collision de
Paul Haggis.
Si les limites de ce genre sont déjà visibles dans un
Syriana qui tourne en thèse sur l’industrie du pétrole ou dans les longueurs de
Babel,
Richard Linklater explose ces limites pour nous entraîner dans des abysses scénaristiques. Sa série de portrait est une aberration. Il nous surprend par sa démagogie juste hallucinante. Plutôt que d’accumuler les petites preuves pertinentes, il accuse l’industrie des fast food de tous les maux. C’est donc à cause de McDo et compagnie que les mexicains viennent aux Etats-Unis, que les étudiants pauvres doivent travailler pour payer leurs études (c’est pas plutôt à cause des frais d’inscription ahurissants de leur fac ?!). Ronald a créé le travail en usine aussi et encourage l’harcèlement sexuel et l’usage de drogues ! Tout ça est servi par une bonne couche de discours moralisateurs. Chaque guest-star vient nous faire son petit speach pour nous dire que non, c’est pas bien la mal-bouffe. Le scénario se rate totalement. Soit il part dans des digressions sociales à l’ouest, soit il critique les fast food sur des points s’appliquant à toute l’industrie agroalimentaire.
Linklater s’enfonce dans le ridicule en nous promettant l’enfer en dialogues et en nous montrant pas grand chose à l’image : des chaînes avec des steaks hachés surgelés (c’est sûr, pas cuit, c’est pas très appétissant…) ou un abattoir tout propre où oh zut, on tue des animaux...
Avec ce scénario tout en lourdeur,
Richard Linklater nous prouve à nous ses grands talents de réalisation déjà montrés dans
A Scanner Darkly. Il filme brillamment des dialogues plan plan. Bref, il n’arrive pas à donner une identité à son film. Loin du souffle réaliste d’
Inaritu, sa caméra reste placée sur son trépied et ne bouge jamais. Pour un film qui se veut proche du documentaire, un petit peu de caméra à l’épaule et d’âpreté sonore. Seule la musique est réussie et arrive à donner un minimum d’émotions. Les acteurs peinent avec des rôles caricaturaux. Seul
Wilmer Valderrama, Fez de
That 70's Show, se révèle dans un rôle plus dramatique. Il ne peut toutefois sauver seul le film. Ce qui effraie le plus, c’est le manque d’ampleur du propos final.
Linklater prend près de 2 heures pour développer trois thèses principales : les riches profitent des pauvres, l’usine c’est dur et l’industrie alimentaire, c’est moins bon que la nourriture plus naturelle. Avec tous les documentaires réussis sur le thème, on se passait vraiment de cette leçon de morale de Monsieur Je veux être hype ! Fast Food Nation est une soupe démagogique et imbuvable. Le résultat sent la prétention à plein nez...