Critique : The World

Critique : The World

Jia Zhang Ke dresse une fresque sociale prenant pour décor The World Park, un parc d’attraction dans la banlieue de Pékin où le tour du monde s’effectue en 15 minutes de train puisqu’il reproduit en les monuments les plus célèbres du monde.


Taisheng est un militaire qui surveille ce parc. Il sort avec Tao, une danseuse, mais leur relation est conflictuelle. Autour de ce couple gravitent de nombreux personnages : la famille de Taisheng venue de la province pour trouver du travail à Pékin et un couple de danseurs dont l’homme est un jaloux maladif.

Une caméra haute définition portée à l’épaule et en cinémascope lors d’un long plan séquence, le début de The world peut surprendre. Mais très vite, on est rassuré sur la qualité de l’image grâce à une scène du spectacle de danse du parc aux superbes couleurs dorées. La volonté esthétisante du film devient flagrante après quelques plans et mouvements de caméra s’appuyant sur les monuments du parc. Ces passages se révèleront toutefois assez rares, le film étant clairement une fresque sociale. A la manière d’un Abbas Kiarostami, Jia Zhang Ke nous montre la vie d’un microcosme en s’appuyant sur des dialogues et de longs plans séquences fixes. Mais là où l’iranien nous ennuie la plupart du temps, le chinois nous fascine. D’où vient cette différence ? Sûrement du parti pris de réalisation. Utilisant un passage musical efficace à plusieurs reprises, le réalisateur n’hésite pas à lâcher ses personnages et son intrigue pour filmer la vie du parc comme peut la voir un visiteur : les spectacles de danse, les feux d’artifice au dessus de la Tour Effel… Ces passages sont toujours une réussite esthétique. Quant aux moments de dialogue entre les personnages, il les rend fluide par l’absence de montage. Il cadre le plus souvent deux personnages, les laisse jouer et ne fait aucune coupe. Le plus frappant est le refus total du champ/contre-champ. Contrairement à Kiarostami qui filme chaque personnage séparément et applique mécaniquement cette technique de montage, Jia Zhang Ke n’utilisera jamais cette recette classique, à tel point que, lorsqu’il filme deux personnages qui regardent un monument, il ne montrera jamais le monument en question. Ainsi, lorsqu’au bout de deux heures, le premier raccord regard arrive, il choque et est très efficace. Le réalisateur a réussi à donner une vraie puissance à cette technique totalement galvaudée.

Du point de vue de l’histoire, il s’agit réellement d’une fresque sociale. Tournant autour du couple de Taisheng et Tao, on ne suit pas une intrigue claire et directe mais plutôt l’évolution de plusieurs personnages dont on se sent toujours proche. Tous ces rôles marchent toutefois dans le même sens : montrer l’état d’une Chine coupée en deux. D’une part, Pékin, la capitale, où les habitants sont perdus par l’ouverture au marché public, à la mondialisation, et de l’autre la province, totalement retardée dont tous les hommes partent pour aller chercher du travail. Le tout est condensé dans ce parc représentant le monde, qui se doit donc d’être une place forte de la mondialisation. Les personnes qui y travaillent montrent aux gens de la province la culture qu’ils ont acquis grâce à leur emploi. Cette Chine est un condensé d’inégalité où l’on n’ose même pas dire son salaire. La corruption est présente partout, les employés du parc passent pour des privilégiés mais leur condition de vie est précaire. On y retrouve même une filière de prostitution russe, preuve que la Chine s’est ouverte à la mondialisation.

Voulant montrer plusieurs exemples de ces inégalités, Jia Zhang Ke ne construit pas un récit linéaire et le film peut paraître décousu. Cette impression est accentuée par des séquences en dessin animé revenant plusieurs fois, qui sont bien réalisées mais dont l’esthétisme tranche trop radicalement avec le reste du film. De même, des titres viennent parfois séparer des séquences créant des parties dont on ne saisit pas la logique. L’histoire et la réalisation font qu’on ne s’ennuie toutefois pas dans ce film de 2h15.
 
Publié le 16/07/2005 par Yannick Gallepie

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Verdict
Une fresque sociale qui arrive à intéresser sans pour autant mettre de côté la réalisation, ce qui rend son message d’autant plus captivant.
7/10

» INFO FILM
The World
Nom: The World
Réalisateur(s) :
Jia Zhang Ke
Acteur(s) :
Wang Hong Wei
Chen Taisheng
Zhao Tao
Producteur(s) :
Takio Yoshida
Shozo Ichiyama
Hengameh Panahi
Chow Keung
Société(s) de production :
Office Kitano
Scénariste(s) :
Jia Zhang Ke
Compositeur(s) :
Lim Giong
Genre: Drame
Sortie FR: 08/06/2005
Sortie DVD: 22/11/2006

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