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Critique : Ne le dis à personne |
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Après Mon idole en 2002, Guillaume Canet passe la vitesse supérieure et adapte le thriller et best-seller Ne le dis à personne.
Un acteur français passant à la réalisation se doit de faire un thriller pour inspirer le respect. Après Les Morsures de l'aube d’Antoine de Caunes et La Boîte noire de Richard Berry, Guillaume Canet arrive avec son Ne le dis à personne. Si Mon idole, son précédent film, était une pure comédie absolument barrée, il passe ici à une autre dimension. Il adapte en effet le best-seller de l’auteur américain Harlan Coben, dont les droits étaient convoités par les studios américains. Face à ce défi, le jeune réalisateur s’entoure de Philippe Lefebvre, déjà scénariste de Mon Idole, de Matthieu Chedid à la musique et d’une pléiade d’acteurs.
Le premier constat est que ce thriller machiavélique supporte bien la transposition en France. Plaçant leur action dans le milieu équestre, les deux scénaristes arrivent à ne jamais tomber dans un aspect folklorique ridicule. Canet confie à François Cluzet le rôle de ce veuf en pleine descente aux Enfers huit ans après la mort de sa femme. Alors qu’il reçoit des indices prouvant la survie de celle-ci, il se retrouve en même temps en haut de la liste des suspects pour ce meurtre. Avec une histoire remplie d’intrigues et de twist, les deux scénaristes s’attaquent à une œuvre difficile à adapter. Les révélations des livres policiers supportent souvent mal le passage sur grand écran. Pourtant, on croit à tout moment à ce Ne le dis à personne. Le mérite revient tout d’abord à l’interprétation. François Cluzet livre une grande performance en homme banal plongé dans une histoire de fou. Il est parfaitement entouré notamment par André Dussollier, Marie-Josée Croze et le talentueux Gilles Lellouche. François Berléand est lui aussi remarquable même si sa performance de policier assez beauf a tendance à prendre trop de place dans le film.
N’apparaissant que très peu devant l’écran, Guillaume Canet s’applique à construire une ambiance prenante. Sa caméra suit de manière énergique les péripéties de François Cluzet sans oublier l’esthétique. Il ne cède toutefois jamais aux sirènes des effets hype faciles qui auraient plombé sa réalisation. C’est aussi grâce à sa sobriété qu’il arrive à gérer de nombreux petits flash-back. Utilisant souvent une caméra à l’épaule, l’efficacité semble être le maître-mot du réalisateur. L’une des grandes qualités de grands metteurs en scène est de savoir s’entourer. Ici, le choix de Mathieu Chedid pour la bande originale est un coup de génie. Absent dans le monde du cinéma depuis Les triplettes de Belleville, M nous livre une composition de très grande qualité. Ses airs de guitare transcendent chaque ambiance que Guillaume Canet veut mettre en place. Ne le dis à personne passe ainsi du polar glaçant, au film d’action, au drame romantique avec la même maîtrise. Il nous fait vivre cette descente aux Enfers avec son personnage principal, nous faisant partager ses élans d’espoir et ses doutes. Les scénaristes peuvent même se permettre quelques piques assez drôles. Leur script souffre juste d’un dénouement un peu long mais nécessaire.
Pour un genre de thriller machiavélique rarement exploré en France, Ne le dis à personne est impressionnant. Maîtrisant sa complexe intrigue, il crée une ambiance prenante, glaçante entre émotion et action. Guillaume Canet livre une œuvre dont on ne trouve d’équivalent récent que dans La mort dans la peau de Paul Greengrass.
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Publié
le 10/11/2006 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
Maîtrisé au niveau scénario et réalisation, ce thriller bénéficie en plus d’une interprétation et d’une musique rares pour nous plonger dans son ambiance. |
8/10
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