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Critique : Mémoires de nos pères |
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Premier volet d’un diptyque consacré à la bataille d’Iwo Jima, Mémoires de nos pères prouve une fois de plus que Clint Eastwood est l’un des plus grands metteurs en scène américains.
Deux ans à peine après Million Dollar Baby, Clint Eastwood nous plonge dans la guerre du Pacifique et nous livre Mémoires de nos pères, ou la bataille d’Iwo Jima montrée du point de vue des américains. Le second film, Lettres de Iwo Jima, qui sortira en France le 10 janvier 2007, illustrera le même combat vu, cette fois-ci, du côté japonais. Concept étonnant de la part d’un metteur en scène qui n’a jamais caché être un républicain pur et dur mais également concept d’une réelle humanité qui arrive ainsi à éviter tout manichéisme. Le scénario de Mémoires de nos pères s’avère être d’une intense richesse narrant à la fois la terrible réalité de la grande histoire et celle plus personnelle de l’intimité psychologique de ses personnages, deux Marines et un infirmier de la Navy, qui participèrent à la plantation du drapeau des Etats-Unis sur le sol élevé du Mont Suribachi après une semaine de combat acharné. Ce moment sera immortalisé par la célèbre photo de Joe Rosenthal, instituant les trois hommes en héros à travers toute l’Amérique. Si après ce cliché la bataille sur l’île durera encore un mois (voyant au final la défaite des Japonais), le souvenir des frères d’armes restera immortellement gravé dans l’esprit des jeunes soldats. Ces derniers seront vite récupérés par le gouvernement de leur pays pour insuffler un espoir nouveau aux citoyens et vendre le maximum de Bons pour acheter des armes et financer ainsi l’effort de guerre.
Ce résumé succinct démontre bien que Mémoires de nos pères n’est pas réellement un film de guerre. Le propos de Clint Eastwood est bien plus profond et politique. A la fois fresque et croisement de destins individuels, le film alterne scènes de combats (qui se conjuguent pour la plupart au passé) et scènes décrivant le parcours des trois « héros » de retour aux Etats-unis. La réalisation d’un beau classicisme épuré prend toute son ampleur lors des séquences de bataille (notamment la premièrequi est aussi la plus longue, les autres se réduisant à des flash-backs assez brefs). En effet, rarement l’horreur de la guerre n’aura été retranscrite cinématographiquement avec autant de réalisme sinon dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick ou Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg (par ailleurs co-producteur de Mémoires de nos pères). Avec plus de 700 figurants et des effets visuels tout bonnement impressionnants, la scène d’invasion des soldats américains sur le gros rocher nippon est à elle seule une véritable leçon de cinéma. On notera la beauté des images, et le soin apporté à la photographie résultant de l’admirable travail du fidèle Tom Stern.
Au niveau narratif, Clint Eastwood se joue de la temporalité avec une grande dextérité. Aussi, les allers-retours essentiels entre un présent et un passé sont dédoublés voir triplés par un montage en « poupées russes » imbriquant différentes phases de présents et de futurs. Loin d’être redondant et complexe, ce procédé permet au contraire une plus grande compréhension de l’histoire dans son intégralité tout en autorisant au récit des échappées émotionnelles bienvenues et libératrices. Mais, outre ses énormes qualités artistiques, c’est le discours sous-jacent du film qui remue le spectateur, discours qui se trouvait déjà dans le best-seller de James Bradley, « Flags of our fathers » et qui a probablement poussé Clint Eastwood à l’adapter au cinéma. Celui-ci a toujours été fasciné par le cheminement qui pousse les individus à devenir des victimes inconscientes dans une société qui ne tourne plus vraiment rond. C’est vrai non seulement pour le récent Mystic River mais ça l’était déjà en 1973 avec Breezy dans lequel un environnement social défaillant empêchait à un amour de s’exprimer en toute liberté. Dans Mémoires de nos pères, sont traitées les questions de l’asservissement des êtres humains dans des buts purement politiques et l’impossibilité des individus à faire abstraction des démons qui surgissent de leurs cerveaux comme d’une boîte de Pandore. Tout en se plaçant au niveau des préoccupations de ses personnages (comment continuer à vivre avec son passé et la culpabilité d’être vivant et « couronné » alors que tant d’autres sont morts), Clint Eastwood se veut le témoin définitif d’une Amérique grande et fière mais dont l’histoire s’est entièrement construite sur des mensonges.
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Publié
le 23/10/2006 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Aussi passionnant sur le fond que sur la forme, Mémoires de nos pères a tout d’un chef-d’œuvre dont l’importance devrait être mise en relief par le second volet du diptyque, Lettres de Iwo Jima. |
10/10
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