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Critique : Bamako |
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Que se passerait-il si les petits osaient faire face aux grands ? Que se passerait-il si de petits représentants du peuple malien s’en prenaient aux géants de la FMI ? Abderrahmane Sissako se permet d’espérer dans Bamako.
Bamako semble sorti de nulle part, et le moins que l’on puisse dire est que l’on ne s’attendait pas à cela. L’œuvre débute en effet sur un postulat de départ complètement fou, et pourtant si logique lorsque l’on prend la peine d’y penser. Que des représentants de la société civile malienne se dressent contre le FMI et la Banque Mondiale serait-il si anormal ? Il semblerait bien que oui. Bamako fait donc d’entrée preuve d’une grande originalité, sinon dans son propos, du moins dans sa forme. Ne vous attendez surtout pas (est-il nécessaire de le préciser ?) à un film de procès dans la grande tradition américaine.
Cependant, par le scénario même qui lui a été choisi, Bamako se devait de fournir de grandes scènes de plaidoirie. Et il respecte si bien cette convention que les tirades des avocats et autres témoins deviennent du même coup le point fort du film. Abderrahmane Sissako a eu l’intelligence de ne jamais mettre dans la bouche de ses personnages un texte misérabiliste et tire-larmes, qu’on lui aurait peut-être pardonné au vu d’un tel sujet, mais qui n’aurait en rien fait avancer sa démarche. Le discours profondément rationnel et pourtant si humain de ces hommes et femmes si dignes a ainsi plus de sens, et surtout plus de poids. C’est cette qualité rhétorique qui finit par rendre Bamako parfaitement crédible. L’immense qualité des interprètes n’y est pas non plus innocente. Ils sont tous si extraordinairement justes que l’on en vient parfois à se demander si tout ce que nous voyons ne serait finalement qu’un documentaire.
Mais curieusement, Abderrahmane Sissako paraît ne pas avoir confiance en lui et en son pourtant si beau film. Si les propos mis dans la bouche de ses personnages sont incisifs et marquants, si ses images sont lourdes de sens et poignantes, le cinéaste ne semble pourtant pas croire à la puissance de son film, et s’avoue vaincu dans un final dramatiquement symbolique. C’est bien dommage, car au lieu d’être un film poil à gratter et dérangeant, Bamako n’est au final que le témoignage triste d’un homme qui voit son peuple agoniser. Mais c’est déjà beaucoup.
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Publié
le 19/10/2006 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Un propos juste et inspiré, mais auquel une humilité surprenante fait perdre sa force. Un bien beau film pourtant, à voir pour ne pas oublier ce qui se passe loin des yeux de l’Occident. |
7/10
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