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Critique : The Queen |
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Stephen Frears dévoile les dessous de la royauté britannique dans un film impressionnant. Portrait d’une monarque au pouvoir.
Evidemment, le sujet est incroyablement culotté, et l’on ne s’étonne pas que ce soit Stephen Frears qui s’en soit emparé, lui qui avait déjà mis Tony Blair en scène dans le téléfilm The Deal en 2003 (déjà avec Michael Sheen). Il est d’ailleurs, à notre connaissance, totalement inédit et unique qu’un cinéaste s’attache à la reconstitution d’événements politiques alors même que les principaux intéressés (Elizabeth II et Tony Blair) sont encore en plein exercice de leurs fonctions.
Une remarque à nuancer cependant, puisque The Queen n’est pas tout à fait un film politique à proprement parler. Certes, il s’agit là de montrer comment, en l’espace d’une courte semaine, le pouvoir monarchique a vacillé suite à un tragique événement et à la dramatique erreur d’appréciation de la famille royale face à ses sujets. Mais au-delà de cet aspect, il est aussi et surtout question de la relation entre une femme et son peuple. Une dimension que l’on aurait pu penser difficile à concevoir de l’autre côté de la Manche, où d’anciens réflexes révolutionnaires nous font doucement sourire dès que l’on évoque les liens quasi-irrationnels que le peuple anglais entretient avec sa monarchie. Mais ce serait sans compter le génie de Stephen Frears. A moins que vous ne soyez déjà un lecteur assidu de Paris Match, jamais la royauté ne vous aura autant passionné. La barrière culturelle ? Effacée.
Evidemment, la reconstitution de Stephen Frears n’est pas exempte de défauts, notamment dans les choix de représentation opérés sur certains protagonistes. Tony Blair (Michael Sheen) en gamin sautillant, ou un Prince Philip (James Cromwell) caricaturalement snob et réac en sont deux exemples. Mais l’on ne peut que féliciter la pudeur respectueuse avec Stephen Frears aborde la tragédie que fut la mort de Diana. La scène de l’accident est en elle-même profondément révélatrice. Le cinéaste parvient en effet à la rendre à la fois extrêmement explicite et pudiquement voilée. Même chose concernant la réaction de ses proches : si l’on peut entrevoir le Prince Charles (Alex Jennings, excellent) essuyer une larme, jamais on ne verra les deux jeunes princes orphelins face à leur chagrin. Un choix qui honore le cinéaste, tout comme celui de ne mettre Diana en scène qu’avec des images d’archive, exception faite d’une fugitive doublure blonde dans un plan de quelques secondes. Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, The Queen est tout sauf un film voyeuriste se délectant de la vie privée de ses personnalités. On sent même au contraire une tendresse et un respect certains du réalisateur pour sa reine. Un respect que l’on ressent notamment dans une très belle scène d’ouverture, et dans le choix d’une bande-son majestueuse et pleine de noblesse signée Alexandre Desplat, soit le meilleur compositeur français en activité. Encore une preuve de bon goût de la part de Mr Frears.
Enfin, on ne reviendra pas sur la performance d’Helen Mirren. Tout ce que vous avez entendu et lu à son propos depuis la remise de son prix à Venise est vrai, et il serait inutile d’en rajouter dans les superlatifs pour souligner la grandeur de sa composition. Elle participe amplement à la réussite de The Queen, film ambigu et intelligent, qui questionne sans chercher la provocation ni la polémique à tous prix. Du très bon travail.
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Publié
le 18/10/2006 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Un pari difficile duquel Stephen Frears se tire avec les honneurs. Une tête d’affiche éclatante et des choix artistiques brillants font le reste. Un exemple à suivre. |
8/10
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