|
Critique : Transylvania |
 |
|
Deux ans après Exils, Tony Gatlif emmène Asia Argento pour un road movie en Roumanie dans Transylvania.
Il avait laissé Romain Duris en Algérie, il retrouve Asia Argento en Roumanie, Tony Gatlif est décidément un cinéaste du voyage. Le réalisateur tzigane crée un scénario autour de ce pays, qu’il a déjà filmé de nombreuses fois, et de sa passion de la musique. Toutefois, il laisse pour la première fois la part belle à un personnage féminin, à ses émotions, ses réactions plus ou moins rationnelles. Zingarina est une italienne habitant en France. Accompagnée de son amie Marie et de leur traductrice Luminitsa, elle parcourt la Transylvanie pour retrouver un musicien roumain expulsé de France qui l’a mise enceinte avant de partir. Rejetée par cet homme, elle quitte son amie et commence à sillonner les routes de Roumanie avec Tchangalo, un allemand qui passe sa vie à acheter des objets en or aux habitants du pays et à les revendre chez lui. Le film se divise donc en deux parties. D’abord, cette recherche musicale, débordante d’énergie, où les héroïnes ont à peine le temps de demander des renseignements entre deux danses. Ensuite, Zingarina semble avoir perdu toute énergie, n’ayant plus la force de revenir à une vie normale en France. Elle décide, dans une sorte d’abandon, de rester en Roumanie et de retrouver chez chacun ce qui l’a séduite chez ce musicien venu en France. Pour jouer ce rôle de femme qui cherche l’amour, Asia Argento s’investit beaucoup et nous livre une prestation pleine de charme.
Le charme et l’énergie sont les atouts majeurs de Transylvania, ceux des deux acteurs principaux, de la musique, du pays que l’on découvre. La Roumanie apparaît comme un espace de liberté où les personnages peuvent fuir leurs problèmes et laisser parler leurs pulsions. Tony Gatlif nous plonge dès les premiers plans de son film dans cette ambiance. Laissant parler son énergie plutôt que de livrer un travail léché techniquement, sa façon de manier la caméra peut parfois ressembler à un celle d’un documentaire. Il suit de près ses personnages, laisse tourner de longs plans pour que la scène se développe. Le cinéaste est toutefois assez doué pour ne jamais sacrifier son sens de l’esthétisme avec l’alibi du cinéma vérité. D’un côté, il livre de vrais beaux plans et de l’autre, il n’hésite pas à faire des digressions dans son récit pour montrer la réalité du peuple roumain, son mysticisme, ses coutumes… Zingarina se nourrit de chacun de ces éléments pris du folklore pour mener à bien son voyage initiatique. La plus importante des composantes est sans contexte la musique. Composée par Delphine Mantoulet et Tony Gatlif lui-même, la bande originale prend appuie sur la musique tzigane et le savoir-faire particulier des musiciens roumains. Le résultat est plein de vie, avec une force libératrice extraordinaire. Dans cette ambiance à part, le duo de personnages bancals interprété par Asia Argento et l’allemand Birol Unel fait plaisir à voir. Entre jeux et disputes, ils s’en donnent à cœur joie, entraînant le film avec eux. Tout en gardant son envie de voyage, de fuite, de découverte musicale d’un pays, Tony Gatlif livre un récit initiatique de ses deux personnages à la fois touchant et drôle.
|
| |
|
Publié
le 03/10/2006 par Yannick Gallepie
|
| Verdict |
Débordant d’énergie et de bonne humeur, le nouveau voyage de Tony Gatlif est un vrai plaisir cinématographique. |
8/10
|
|
|
|