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Critique : Hard Candy |
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Quand le Petit Chaperon Rouge sort ses griffes, le Loup ferait mieux de ne pas sortir de chez lui. Laissez Hard Candy jouer avec vos convictions…
Chaque mois nous apporte son sempiternel lot de « chocs de l’année ». Si le Hard Candy de David Slade fait un peu office de voyage au pays des Bisounours comparé au Taxidermie de György Palfi, ne vous méprenez pas pour autant : ce film se reçoit avec la violence d’un coup de poing à l’estomac. Explications.
Le point fort de Hard Candy c’est évidemment son scénario incroyablement culotté, basé sur un pitch de départ aussi malsain qu’audacieux : une fille de 14 ans torturant un trentenaire qu’elle pense être un pédophile. Certes, l’estompage des frontières entre le Bien et le Mal n’est pas une nouveauté (exemple royal entre tous : le divin Orange Mécanique), mais il est particulièrement rare de voir un enfant ainsi placé en position de bourreau dans un cinéma américain qui a pris l’habitude de considérer ces chères têtes blondes comme des êtres innocents et quasi-intouchables. On comprend le choc de David Slade ressenti à la lecture du script de Brian Nelson (qui s’occupe également de celui de 30 Days of Night, actuellement en tournage sous la direction de David Slade). D’autant plus que, loin de se contenter d’une très bonne idée de départ, ce dernier tient ses promesses sur la longueur, à la différence de bon nombre de scripts allumeurs qui nous laissent frustrés par la suite (oui Eli Roth, c’est de toi qu’on parle). Le suspense et la tension prennent à la gorge, et ils ne vous lâcheront plus jusqu’à la fin.
<Hard Candy aurait pu faillir sur la notion de crédibilité de son histoire : une gamine de 14 ans brutalisant un homme vigoureux de 32 ans ? De qui se moque-t-on ? De personne. Car l’une des forces du métrage est d’être un véritable film de performances d’acteurs. Le duo Ellen Page / Patrick Wilson dégage une intensité et une puissance telles que le réalisateur aurait réellement pu se contenter de laisser tourner sa caméra pour en capter la force. Un parti pris qu’il prend d’ailleurs souvent, cadrant au plus près de la jeune et irradiante Ellen Page, dont le talent vous impressionnera autant qu’il vous effraiera. Sa force permet de faire croire sans sourciller aux capacités physiques et psychologiques bien improbables de cette fillette venimeuse. Qu’elle est loin l’innocence un peu niaise de la Kitty Pride de X-Men 3 : L'affrontement final…
Loin de toute provocation racoleuse, Hard Candy pose également les bases d’une réflexion brûlante dans un pays obsédé par la vengeance, et parasité par les réflexes d’autodéfense. Hayley n’a aucune preuve de la culpabilité de Jeff, elle torture dans le but de punir et – éventuellement – de soutirer des aveux. Qu’importe donc que l’homme soit coupable ou non. Quelle légitimité Hayley a-t-elle de s’ériger en juge puis en bourreau ? Un crime, aussi horrible qu’il soit justifie-t-il une répression barbare, plus proche de la loi du Talion que de la justice ? Ne peut-on croire en la rédemption et en l’amendement d’un être humain ? Hard Candy offre de multiples pistes à suivre sans jamais donner de réponse facile ou évidente. Très fort pour un coup d’essai.
Mais David Slade, ancien réalisateur de vidéo-clips (Stone Temple Pilots, Warp Vision…), n’a pas encore évacué les tics de mise en scène propres à son ancien média de travail. Quel dommage que des ralentis inutiles et quelques effets cut viennent polluer une œuvre aussi forte. D’autant plus que le travail photographique de Jo Willems (lui aussi réembauché pour 30 Days of Night) est impressionnant. On est certes loin des bas-fonds atteints par l’autre clippeur récemment passé réalisateur en date, Francis Lawrence (Constantine), mais il faut avouer que David Slade a encore beaucoup à apprendre. Patience : son premier film est plus qu’encourageant. On notera par exemple un emploi très ingénieux de la discrète bande-son et des divers effets sonores, ainsi que d’un jeu de gros plans qui intensifie plus encore l’interprétation fiévreuse de ses comédiens. On a donc toutes les raisons de croire que David Slade a du talent en réserve.
Au final, nous voici face à un thriller psychologique éprouvant, où la cruauté des mots prend souvent le dessus sur les scènes de violence physique. Un film âpre qui sait compter sur l’intelligence de son spectateur et le renvoyer face à sa conscience et à ses convictions. Si l’on excepte les minimes défauts de mise en scène et une fin géniale mais trop maladroitement amenée, Hard Candy a déjà tout d’un petit classique pervers et incontournable que le temps bonifiera très certainement. En attendant, on garde un œil sur David Slade, et l’autre sur l’incroyable Ellen Page.
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Publié
le 02/10/2006 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Un choc puissant dont le sujet incroyablement audacieux n’a d’égal que la réussite de ce premier long-métrage. Hard Candy force le respect, et l’on est heureux de découvrir un réalisateur à suivre. |
7/10
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