Tremblez pauvres mortels : le diable débarque en talons aiguilles. Il a pour nom Miranda Priestly et dirige un magazine de mode. Anne Hathaway va en prendre pour son grade…
La chose est connue : soyez l’auteur d’un best-seller, ou du moins d’un livre ayant fait beaucoup parler de lui d’une manière ou d’une autre, et vous verrez en très peu de temps surgir diverses propositions d’adaptations cinématographiques de toutes parts. L’immense succès de
Lauren Weisberger avec Le diable s’habille en Prada ne pouvait logiquement pas déroger à la règle. Il faut dire que l’idée était tentante. Sans être ni chef-d’oeuvrique ni transcendant, Le diable s’habille en Prada proposait des personnages hauts en couleur et une intrigue gentiment cynique, hautement susceptibles d’intéresser quiconque recherchait un divertissement amusant et pas trop prise de tête.
En cela, Le diable s’habille en Prada réussit parfaitement son rôle. Tout comme le livre, le film ne changera probablement pas votre vie, mais offre tout de même de passer un très agréable moment. Grâce notamment à un scénario fidèle et humble, qui parvient aisément à exploiter son potentiel cinématographique sans en faire des tonnes. Il est aidé en cela par une mise en scène discrète, donc efficace, de
David Frankel mais à laquelle on ne pourra malheureusement que reprocher un manque total de personnalité fort regrettable.
Peu importe. De toutes manières, la véritable force du film réside dans son formidable casting. On ne peut qu’admirer la fraîcheur d’une
Anne Hathaway rayonnante, à laquelle on accorde d’emblée son affection. Son ascension vers les hauts plateaux de Hollywood semble désormais irrésistible. Quant à
Meryl Streep, évidemment impériale, elle semble prendre un plaisir très partagé à jouer sans se forcer les Cruella permanentées. On ne s’était pas autant amusé à la haïr depuis
La Mort vous va si bien. Son duo avec sa jeune partenaire n’en est que plus savoureux, tout en répliques assassines et en sourires hypocrites. Les seconds rôles sont toutefois loin d’être en reste. On retiendra le jeune
Adrian Grenier, starisé depuis son rôle d’acteur perdu dans le jungle Hollywoodienne dans la série
Entourage, ainsi qu’un
Stanley Tucci à la fois émouvant et drolatique. Son personnage de directeur artistique obsessionnel est l’un des grands atouts comiques du film. A noter également, la surprise venant de l’interprétation de
Simon Baker. Si l’australien avait paru bien fade et sans charisme dans le
Land of the dead de
George A. Romero, il semble largement plus à l’aise dans la peau d’un bellâtre au sourire Colgate à qui personne ne résiste (un rôle de composition ?) Mais les honneurs reviennent à une époustouflante
Emily Blunt en bête de mode snob et stressée. La révélation de
My Summer of Love confirme les espoirs placés en elle, et l’on espère plus que jamais que ce premier pas à Hollywood sera le point de départ d’une carrière de qualité.
Par la force de ses acteurs, Le diable s’habille en Prada s’impose comme une comédie gentille et tout à fait regardable. Certes, plus de cynisme, plus de mordant et peut-être plus de rythme en auraient certainement largement rehaussé la qualité. Mais ne boudons tout de même pas notre plaisir : aussitôt vu et aussitôt oublié, Le diable s’habille en Prada n’en reste pas moins une friandise savoureuse, un véritable remède aux assommantes machines de guerre hollywoodiennes venues envahir nos écrans estivaux. Souriez : le diable n’aura jamais été aussi chic. Bien sûr, on est loin du chef-d’œuvre, et on ne tutoie pas les hauts sommets de la comédie. Mais pourquoi bouder son plaisir devant ce casting réjouissant donnant du souffle à un scénario bien mené ? Spéciale dédicace à toutes celles qui n’ont jamais réussi à marcher avec des talons…