Critique : 12 and Holding

Critique : 12 and Holding

L’adolescence américaine semble bien mal en point si l’on en croit le nombre d’œuvres récentes destinées à panser ses plaies. Michael Cuesta nous livre une nouvelle fois sa vision du phénomène.


Les affres de l’adolescence et le sempiternel difficile passage à l’âge adulte ont toujours été du pain béni pour les scénaristes et réalisateurs. Dès son deuxième film, après le troublant Long Island Expressway (L.I.E.), Michael Cuesta semble déjà avoir fait de l’étude de cette sa marque de fabrique. Et il faut avouer que cela semble grandement lui réussir.

12 and Holding
12 and Holding surprend d’abord par le très jeune âge de ses héros. 12 ans seulement. A l’heure qui devrait être consacrée aux premiers bisous, les tout jeunes protagonistes du film sont confrontés à la mort accidentelle mais atroce de l’un d’entre eux, brûlé vif dans un incendie criminel. Tout le talent de Michael Cuesta consiste à éviter de suivre le traitement que tout le monde attendait, à savoir un choc brutal et violent sur l’esprit de ces enfants, qui se répercuterait directement et notablement dans leurs actions. Or, si le choc est réel (et compréhensible), il est évoqué de façon beaucoup plus subtile, agissant sur ses proies avec la lenteur et l’irrévocabilité d’un poison mortel. Déjà presque adultes mais encore coincés dans des corps d’enfants, les trois personnages se débattent dans des situations ô combien banales (surpoids, divorce des parents, premières menstruations, frontière des générations, etc…), mais auxquelles ils réagissent avec personnalité. Comprenez avec originalité et sans schémas convenus. Les situations mises en place par Michael Cuesta s’assemblent parfaitement, et le réalisateur parvient même à monter en parallèle les trois histoires de ces enfants presque sans les croiser, mais en les laissant se refléter l’une dans l’autre, et en créant pour chacun d’entre eux un climax tétanisant et inattendu qui prend littéralement à la gorge.

12 and Holding
La mise en scène de Michael Cuesta reste encore parfois tâtonnante, mais se révèle déjà diablement efficace et très maligne. Notre homme sait manifestement se servir de son cadre, et joue souvent sur des effets de présences champ/hors-champ intelligents simples mais bien pensés, ainsi que sur une symbolique pas trop prononcée et qui touche donc droit au but : notre cœur. On peut déjà qualifier d’inoubliable la terrible scène finale opposant le petit Rudy (Conor Donovan, bouleversant) au responsable de la mort de son frère. Ou comment un corps s’écroulant peut en cacher un autre.

12 and Holding
Saluons enfin les performances de ces jeunes acteurs, tous incroyables de vérité, de naturel et d’émotion. Tous s’acquittent avec bien plus que les honneurs des rôles difficiles (les deux jumeaux pour le seul Conor Donovan) et perturbants (extraordinaire Zoe Weizenbaum). On notera aussi encore une fois le talent et le charisme intense de Jeremy Renner (Le Livre de Jérémie, L’Affaire Josey Aimes), jeune acteur encore peu connu du grand public mais que l’on espère revoir le plus vite possible sur nos écrans. Un souhait qui s’applique également à Michael Cuesta, dont on attend avec impatience la suite d’une œuvre jusqu’ici en constant progrès.
 
Publié le 27/09/2006 par Sabine Garcia

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Verdict
Etonnement mature et souvent bouleversant, 12 and Holding marque l’essor d’un nouveau cinéaste au talent incontestable bien que perfectible. Son film d’une beauté violente vous restera longtemps en mémoire.
7/10



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