Greg Kinnear et Steve Carell prennent la route dans un combi jaune sous la camera de Jonathan Dayton et de Valerie Faris pour Little Miss Sunshine.
Une famille à peu près normale devrait se composer d’un papa, d’une maman, et pour les enfants, au choix selon la situation. Seulement, dans la famille Hoover, le père, un gourou américain de la réussite en 9 points, se révèle être lui-même un looser. La mère est absolument dépassée. La fille de 6 ans est convaincue qu’elle deviendra une grande Miss. Enfin, le fils de 15 ans a décidé de faire une grève de la parole tant qu’il ne sera pas devenu pilote d’avion. De plus, les Hoover ont gagné deux squatters de lit de campement : le grand-père obsédé sexuel viré de sa maison de retraite après s’être mis à l’héroïne et le frère homosexuel prof universitaire plus grand spécialiste de Proust qui a tenté de se suicider après s’être fait plaqué, viré de son boulot et humilié par le second spécialiste de Proust du pays. Tout ce petit monde, qui a déjà bien du mal à vivre ensemble dans une maison, décide de s’embarquer dans un mini bus Volskwagen pour faire 1300 kilomètres en trois jours et rejoindre un concours de beauté en Californie. Si ce genre de chronique douce amère sur des familles dysfonctionnelles est devenu classique aux Etats-Unis (cf.
La famille Tenenbaum de
Wes Anderson), le scénariste
Michael Arndt, pour son premier film, a décidé de le traiter sous l’angle d’un autre grand mal américain : la recherche absolue de performance, de réussite sociale, sans autre fin que devenir un arrogant winner.
Road movie sympathique,
Little Miss Sunshine n’éblouit pas d’une originalité extraordinaire mais possède un charme certain qui fera que le spectateur ne se désintéresse jamais des destins de ses personnages. Pour leur première réalisation, le couple
Jonathan Dayton et
Valerie Faris, réalisateurs de clips notamment pour les Red Hot Chili Pepper, ne brille pas outre mesure. Ils racontent cette histoire avec simplicité et en s’appliquant pour que le spectateur ne s’ennuie jamais. La performance est plutôt à chercher du côté des comédiens.
Steve Carell, découvert dans
Bruce, tout puissant et 40 ans toujours puceau, joue ici à contrepoint dans le rôle de l’oncle homosexuel et dépressif. Si sa prestation est réussie, il reste toutefois en retrait, son personnage étant relégué au niveau des enfants à cause de son état.
Greg Kinnear (
Deux en un) et
Toni Collette (
In Her Shoes) s’en donnent à cœur joie en couple dépassé. Le premier, avec son physique de playboy, joue à nouveau sur la nature de looser qui se cache sous cette apparence. Au niveau des enfants, on retient surtout la prestation de la petite
Abigail Breslin, à la fois drôle et touchante en petite fille cherchant la perfection pour ne pas décevoir son père.
Little Miss Sunshine a le mérite d’exploiter au maximum le potentiel de ses comédiens en les plongeant dans les délires les plus improbables là où beaucoup de films hésitent à se lâcher. Avec son petit côté carpe diem, le film finit en fable drôle et touchante sur la soif de réussite qui gangrène la société américaine. Malgré un certain manque d’originalité, le charme et l’audace de Little Miss Sunshine créent une expérience intéressante.