|
Critique : Avida |
 |
|
Attention OVNI : les deux auteurs cultes du Groland livrent leur premier chef-d’œuvre. On vous aura prévenu.
Que devait-on, que pouvait-on espérer d’Avida ? Tous ceux qui avaient eu le courage et la chance de découvrir Aaltra savaient déjà parfaitement que les loufoques et réjouissantes absurdités du Groland n’avaient pas leur place dans l’univers inclassable et onirique au sein duquel évoluent Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avida est encore plus que cela.
Avida est inénarrable, n’appartient à aucun genre recensé, ne ressemble à rien de connu. Avida est fou, Avida est multiple, Avida est protéiforme, informe, mais homogène. Avida ne devrait pas s’écrire, mais seulement se ressentir. On pourrait dire qu’il n’est pas un film, qu’il n’a rien à voir avec l’art cinématographique, qu’il serait plutôt une ode à l’Art. Le titre lui-même ne vient-il d’ailleurs pas de l’anagramme formé par les lettres du nom de Salvador Dali (Avida Dollars) ?
En effet, plus qu’un film, Avida apparaît comme une sorte de performance artistique, mais dans laquelle l’esthétique n’aurait pas de sens. La beauté formelle indéniable du film semble pourtant portée par l’évidence. Ce noir et blanc, cette lumière, ce cadrage… tout semble parfait. Alors quoi, Avida ne serait-pas un film ? Il est au contraire l’essence même du cinéma à l’état pur, donc brut. Et de ce fait, forcément un peu élitiste. Mais Avida doit se mériter. Des références traversent vaguement l’esprit au cours de la première bobine : Sergio Leone pour l’art de filmer sans fausse pudeur des gueules étranges voire ravagées, Jacques Tati pour cette riche maison bourrée d’accessoires irréels… Mais l’on chasse rapidement ces réflexes d’association pour se rendre à l’évidence : Avida vient d’ailleurs.
Outre la beauté plastique incontestable, ce fabuleux métrage révèle un cœur, une délicatesse et des émotions que l’on ne pouvait pas même soupçonner. Tout comme ils parviennent à rendre dérangeants de simples détails quotidiens ou anodins par le simple fait de les filmer. De la même manière, Benoît Delépine et Gustave Kervern réussissent à faire naître des émotions incroyables par le biais d’images que l’on aurait cru innocentes. Grave erreur.
En définitive, il n’y a à la fois rien et tout à dire à propos d’Avida. Rarement un film aura été une telle expérience sensorielle, hypnotique et bouleversante. Tout en restant profondément humaine. Et dire qu’il ne s’agit que d’un second film…
|
| |
|
Publié
le 12/09/2006 par Sabine Garcia
|
| Verdict |
Incroyablement autre, fou, atypique, difficile d’accès et bouleversant, paré d’une beauté à couper le souffle et d’une imagerie terriblement poignante, Avida est un chef-d’œuvre, tout simplement. |
10/10
|
|
|
|