Nouveau représentant de la « Nouvelle Vague » venue d’Outre-Atlantique, Age Difficile Obscur met un scène un ado en proie aux problèmes bien de son âge. Ce n’est pas Lou Taylor Pucci qui dira le contraire.
Au cas où personne ne l’aurait remarqué, le cinéma indépendant américain bouge, et il tient à se faire remarquer. Hasards du calendrier, ce sont cette semaine deux découvertes de Sundance qui nous arrive en même temps. L’une (Little Miss
Sunshine) juste à temps pour concourir à Deauville, et l’autre déjà repue de festivals et récompenses en tous genres. Bienvenue dans l’
Age Difficile Obscur, anciennement baptisé
Thumbsucker (« Suceur de Pouce »), rapport à la puérile habitude du personnage principal du film. On pourrait presque croire que ce retard de distribution a été une bénédiction pour le film de
Mike Mills, puisque celui-ci a ainsi eu le temps de se forger une réputation fort sympathique de part et d’autre de l’Atlantique, où le jeune
Lou Taylor Pucci est parvenu à décrocher deux prestigieux prix d’interprétation, à Sundance et Berlin, rien que ça.
Et effectivement,
Lou Taylor Pucci est une véritable révélation. Choisi par
Mike Mills parmi une centaine de candidats (dont
Elijah Wood, autant dire qu’on l’a échappé belle), ce tout jeune comédien âgé d’à peine 18 ans au moment du tournage, transcende littéralement le métrage. Présent dans toutes les scènes, il imprime la force de son charisme angélique sans effort apparent. Si le mot « révélation » finit par être galvaudé à force d’être employé, il s’applique parfaitement à la sensation d’admiration que l’on éprouve face à cette découverte inattendue. Ses compatriotes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés :
Lou Taylor Pucci a déjà tourné pas moins de neuf films depuis lors.
Les partenaires du jeune homme ne sont toutefois pas en reste. Si les parents, incarnés par les toujours excellents
Tilda Swinton et
Vincent D'Onofrio, sont géniaux, on remarque également un
Vince Vaughn très inspiré. Même le fade
Keanu Reeves parvient à composer un rôle d’orthodontiste lunaire et attachant. Seule la jeune
Kelli Garner (la Faith Domergue de l’
Aviator de
Martin Scorsese), montre parfois quelques faiblesses de jeu, bien vite masquées cependant par l’éclat de son partenaire principal, ou même de son propre personnage.
Car s’il y a bien une qualité propre à
Age Difficile Obscur, il s’agit de sa très belle galerie de portraits, qui ne se focalise pas seulement sur des ados en mal repères, comme pouvait le laisser craindre la première demie-heure du film… ainsi que le titre choisi pour l’exploitation française. Si ces personnages ne sont pas tous débordants d’originalité, ils sont tous maîtrisés et bien pris en main, autant par le scénario que par l’interprétation. Mais certainement pas par la réalisation.
Ainsi, c’est du côté de la mise en scène que les défaillances sont à chercher. Ancien clippeur (pour Pulp,
Moby ou Air, plus hype tu meurs),
Mike Mills ne fait qu’appliquer ce qui pourrait devenir le « code-du-jeune-cinéaste-américain-indépendant ». Pas étonnant que l’on retrouve
Sofia Coppola,
Steve Buscemi,
Spike Jonze, ou même
Viggo Mortensen dans les « special thanks » de générique final. Et c’est donc reparti pour les musiques atmosphériques, les couleurs pastels, les personnages décalés, etc… Mais
Mike Mills n’a pas le génie de
Sofia Coppola. Il n’est pas non plus à la hauteur des talentueux et malins
Zach Braff (
Garden State) et
Miranda July (
Moi, toi et tous les autres), qui se jouaient de ces schémas imposés par l’air du temps en imposant un univers bien à eux.
Age Difficile Obscur peine à se démarquer des autres films de son genre (le difficile passage à l’âge adulte, vous avez dit redondant ?) et de son style. Dommage, car le scénario sympathique et l’excellent casting porté par un petit génie auraient facilement maximisé la qualité du film, si seulement la réalisation n’avait pas tant manqué de personnalité. Joli coup d’essai pourtant. Un acteur-révélation débordant de talent et un scénario ludique ne sauvent pas Age Difficile Obscur d’un certain air de déjà-vu. Reste un film touchant et bien mené, au service d’un personnage incroyablement attachant.