|
Critique : Vol 93 |
 |
|
Après avoir exorcisé le traumatisme du 11 septembre de manière métaphorique (La Guerre des Mondes par Steven Spielberg en est un parfait exemple), le cinéma américain ose la reconstitution documentaire, cinq ans à peine après le drame. Une thérapie par l’image qui donne naissance à une œuvre d’art bouleversante.
Vol 93 de Paul Greengrass est une reconstitution cinématographique documentée de l’un des événement du 11 septembre 2001: l’histoire d’un avion détourné par des terroristes pour s’écraser sur la maison blanche mais dont l’équipage se rebella et fit s’écraser l’avion avant qu’il n’atteigne Washington. Dans sa première heure, Vol 93 nous emmène dans un envers du décor passionnant, notamment lorsqu’il est question de la gestion du trafic aérien sur un territoire aussi vaste que celui des Etats-Unis. La mise en scène emprunte aussi bien aux docu-fictions qu’à 24 heures chrono, à l’aide d’une caméra sous turbulences permanentes et d’un montage à la fois épileptique et rigoureux. Vol 93 n’est pas un film d’action spectaculaire et encore moins un divertissement plaisant. On navigue sans cesse entre l’hypnotique et le fatigant, étouffé par la tension qui règne dans l’avion et assommé par le flot d’informations qui déferle des aéroports. Au sol, c’est l’effroi du World Trade Center, la stupeur, l’incompréhension et ces gigantesques colonnes de fumée se déployant sur des kilomètres à travers le ciel. L’Amérique est attaquée, et personne ne semble le réaliser. La rigueur documentaire tranche comme un faux, la caméra comme un scalpel. La reconstitution est chirurgicale et glaciale, sans jamais que cela n’écrase la dimension humaine du projet. Bon nombre de militaires et de contrôleurs aériens interprètent leur propre rôle à l’écran. Entre l’exorcisme collectif et l’hommage, Vol 93 trouvera finalement sa place bien au-delà, parmi les expériences cinématographiques transcendantes.
C’est dans sa dernière demie heure que le film de Paul Greengrass atteint une intensité inédite et inoubliable. Trente minutes hallucinantes où toute la tension contenue de la première heure se mue en un torrent d’émotions quasi insoutenable. En s’adressant uniquement au cœur et aux tripes, Paul Greengrass évoque la bravoure, l’instinct de survie, la solidarité et la mort. La catharsis est douloureuse mais nécessaire. On vit chaque instant de cette prise d’otage avec une panique et une révolte inouïe, totalement cloué à son siège, jusqu'à l’ultime seconde. On quitte Vol 93 abasourdi, submergé par une tristesse indicible, mais convaincu d’avoir vécu un grand moment de cinéma. Il aura donc fallu attendre Vol 93 pour saisir toute l’ampleur de ce drame à la fois si proche et si lointain, et le génie de Paul Greengrass pour en saisir la dimension humaine : une tragédie mêlée d’incompréhension, d’urgence et de révolte.
|
| |
|
Publié
le 18/07/2006 par Marguerin Le Louvier
|
| Verdict |
Entre la solennité de l’hommage et la pudeur du recueillement, Vol 93 est avant tout le regard d’un artiste sur une humanité déboussolée en perte de tout contrôle. Une expérience rare et inoubliable. |
10/10
|
|
|
|