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Critique : Radio on |
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Absent des écrans français depuis plus de 25 ans, Radio on ressort enfin en France. Retour en arrière sur un film qui n’a pas vieilli.
26 ans après sa première présentation à La quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, il était temps de ressortir Radio on, histoire de voir si le long-métrage de Christopher Petit méritait vraiment son statut de film culte. Co-produit par Wim Wenders dont le journaliste-écrivain-metteur en scène fit connaissance lorsqu’il était critique à Time out, Radio on suit le parcours d’un jeune ouvrier londonien, Robert, qui va voyager de Londres à Bristol pour éclaircir le mystère du suicide de son frère. Aussi, le film s’inscrit d’emblée dans la vaine des road-movies qui furent un temps la marque du réalisateur allemand et dont l’apogée fût sans doute Alice dans les villes en 1974.
Porté par un noir et blanc indémodable, le film s’ouvre sur un superbe travelling balayant l’appartement du suicidaire quelques instants avant sa mort tandis que le poste de radio joue « Heroes » de David Bowie. En ouvrant son film sur ce moment de grâce absolu, Christopher Petit nous plonge d’emblée dans le cœur de son œuvre davantage portée par l’atmosphère que par un quelconque soucis de narration. Ainsi, le long voyage en voiture qui suit voit se confronter le mouvement du véhicule à l’immobilité des décors qu’elle traverse alors que les silences butent sur la musique omniprésente et représentative d’une mouvance post new-wave (des morceaux de Kraftwerk, Devo, Ian Dury, Eric Wreckless composent la bande originale du film). Pari risqué de prendre le spectateur en stop lors de ces très longs plans dans lesquels ils ne se passent. Au contraire, on pourra se laisser charmer par ce montage « antonionien » dont la douceur désenchantée et la lenteur habitée peuvent rapidement mener à un état d’hypnose quasiment disparu dans le cinéma d’aujourd’hui si ce n’est dans celui, japonais, de Wong Kar-wai. Encore faut-il accepter de se laisser aller au risque de se perdre dans ses errances dont le terminus ne révèlera rien sur les véritables motivations du mort.
Ce long trajet est néanmoins entrecoupé de rencontres brèves et fugitives : un pompiste fan d’Eddy Cochran (interprété par un Sting déjà chanteur mais qui vient de débuter au cinéma dans Quadrophenia de Franc Roddam), un soldat déserteur de l’armée d’Irlande du Nord, une jeune allemande à la recherche de son enfant ; autant de portraits esquissés sans pathos, ni jugement mais qui nous en apprennent plus que le personnage principal sur l’état de la Grande-Bretagne à l’aube des années 80. Les dialogues sont cependant rares, l’émotion étant davantage portée par la musique et les images, faisant de Radio on une œuvre épurée esthétiquement irréprochable. Essentiellement axé sur les sens plutôt que sur une action habilement construite, le film n’en est pas moins troublant et c’est là sa grande force. Finalement, tout en revendiquant son statut d’artiste avant-gardiste et expérimental, Christopher Petit a accouché pour son premier film d’un « bébé » attachant au climat remarquable et intemporel qui vous poursuit bien après sa vision.
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Publié
le 12/07/2006 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Ovni cinématographique pour certains, film majeur pour d’autres, l’oeuvre de Christopher Petit se révèle certes déconcertante mais incontestablement réussie du point de vue de l’ambiance, rehaussée qui plus est par une bande originale qui fait encore mouche aujourd’hui. |
7/10
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