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Critique : Paris, je t'aime |
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Vingt réalisateurs de renoms, un casting à donner le vertige, une ville objet de fantasmes, et un seul film. Découvrez Paris comme vous ne l’avez jamais vue.
Il est habituellement difficile de parler d’un film collectif, surtout lorsque celui-ci se compose de pas moins d’une vingtaine de segments. Or, force est de constater que contre toute attente, l’ensemble de Paris, je t’aime forme un tout homogène et équilibré. On navigue ainsi avec une facilité déconcertante du réalisme socialisant (« Quais de Seine » de Gurinder Chadha) au drame pur ('Place des Victoires' de Nobuhiro Suwa), en passant par le film d’horreur (« Quartier de la Madeleine » de Vincenzo Natali), le poème tendre (« Tour Eiffel » de Sylvain Chomet), ou bien le n’importe quoi littéral (« Porte de Choisy » de Christopher Doyle (2)).
Bien sûr, certains segments se détachent largement du lot. Je pense particulièrement au déchirant 'Place des Victoires' de Nobuhiro Suwa, où Juliette Binoche trouve un rôle à la mesure de son immense talent. Elle est éblouissante. De plus, certaines histoires, certains personnages sont si attachants que l’on se sent peiné de les quitter. On aurait bien suivi Natalie Portman et Melchior Beslon jusqu’au bout du monde. Mais non, c’est Gérard Depardieu qui prend la suite. Adieu le couple naissant, bonjour au couple qui se sépare. C’est aussi cela la force de Paris, je t’aime : l’exploration de l’amour sous toutes ses facettes, les plus improbables, les plus naïves, les plus évidentes, les plus répulsives, les plus adorées ou les plus oubliées. On se réjouit ainsi du couple « Je t’aime moi non plus » des « Tuileries » dont sera victime Steve Buscemi dans le segment des frères Coen. Ou bien de la fantaisie horrifico-sentimentale de Vincenzo Natali dans le « Quartier de la Madeleine », pas tout à fait réussi mais fort agréable (d’autant plus qu’il prouve qu’Elijah Wood peut être bon acteur). Bonne surprise également pour le simple mais extraordinaire « Place des Fêtes » de l’allemand Oliver Schmitz, qui signe probablement l’un des plus beaux segments de l’ensemble. Il est d’ailleurs très amusant de constater que ceux qui servent le mieux ce Paris filmé sont les réalisateurs étrangers. Tandis que nos compatriotes ressortent bérets, bouteilles de vin et baguettes de pain (!), les autres se concentrent sur l’atmosphère et délaissent les a priori. Wes Craven parvient alors en un seul court-métrage à ce qu’il a toujours raté dans sa carrière mainstream : la subtilité.
Seuls Gus Van Sant et la pourtant très douée Isabel Coixet semblent étonnamment ne pas avoir eu envie de jouer le jeu. L’un avec un court situé dans le Marais, quartier branché par excellence (on ne se refait pas), où il promène une Marianne Faithfull en guest-star inutile et un Gaspard Ulliel perdu dans une scène de drague homo hautement ridicule. L’autre avec un court certes très touchant, mais qui ne fait que reprendre le thème central de ses précédentes œuvres sans rien y apporter. On passera également sur le « Porte de Choisy » de Christopher Doyle (2), seul réel ratage complet de l’ensemble, mais cependant pas assez mauvais pour gâcher le reste du spectacle. Alors oui, on aime Paris en sortant de la salle de cinéma. On aime l’amour, on aime le cinéma, et l’on ressort la tête de pleine de rêves et le cœur en printemps. Espérons qu’un projet aussi original et fraternel donnera des idées dans les hautes sphères de l’industrie cinématographique.
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Publié
le 26/06/2006 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Paris, je t’aime réussit l’exploit de réunir 20 courts-métrages extrêmement différents sans jamais donner un aspect bancal à l’ensemble de l’œuvre. L’immense majorité de ces segments vaut bien plus qu’un simple coup d’œil : ils méritent votre cœur. |
8/10
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