Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart se séduisent dans Conversation(s) avec une femme, une comédie romantique coupée en deux.
Le split screen : effet de style consistant à diviser l’écran en plusieurs parties pour montrer deux points de vue différents. Habituel pour les conversations téléphoniques, démocratisé par
24 heures chrono, sublimé par
Michel Gondry dans un de ses clips et par
Roger Avary dans une séquence de
Les lois de l’attraction. Apogée :
Time Code en 2000 où l’écran se divisait en 4 plans séquences durant toute la longueur du film, le tout filmé en DV. Quand l’équipe à la base de
Alma Mater, un film inédit en France à la réputation plutôt flatteuse, se saisit de ce procédé, cela donne
Conversation(s) avec une femme. Le scénariste
Gabrielle Zevin en fait une comédie romantique s’appuyant sur son concept. Un homme et une femme sans noms, anciennement mariés, se rencontrent à un mariage. Tous les deux sont seuls ce soir-là même s’ils sont accompagnés dans la vie.
Ils engagent la conversation quitte à la finir dans une chambre d’hôtel à deux heures du matin. Récit d’un couple à la recherche de ce qui s’est vraiment passé entre eux il y a 10 ans,
Conversation(s) avec une femme n’impressionne pas par son synopsis mais emporte le spectateur grâce à son traitement original pour ce genre de film si conventionnel habituellement.
Sorte de
Time Code simplifié à l’extrême, le film se présente sous la forme de deux split screens montrant un récit en temps réel et favorisant les plans séquences. Loin des expériences esthétiques que ce procédé inspire à certains, le réalisateur
Hans Canosa se contente d’illustrer son récit par deux points de vue, la plupart du temps le plus près possible de ses personnages principaux. Le traitement réaliste, caméra à l’épaule et en temps réel la plupart du temps, marche pleinement. L’impression qu’aucune réaction des personnages ne peut nous échapper renforce le côté intimiste de l’histoire. Grâce à un scénario très dialogué où les piques post-conjugales et les tentations fonctionnent bien, le réalisateur évite l’aspect rébarbatif des scènes de dialogues qui plombent tant de comédies romantiques. Le résultat ressemble ainsi à rien de connu dans le genre. Il brouille parfois par la lisibilité par la création d’une double temporalité à l’écran et s’amuse à décaler les deux images par moments. Si ces effets ne fonctionnent pas toujours parfaitement, ils permettent de casser l’aspect mécanique et automatique de sa démarche, ce qui ne peut être que positif.
Les acteurs
Helena Bonham Carter et
Aaron Eckhart sont eux aussi livrés à un exercice de style puisque la caméra ne les lâche qu’à de très rares moments.
Ils doivent ainsi jouer à 100% pendant toute la scène et combler parfois par de petits détails qui rendent leur prestation plus réaliste. Leur prestation toute en retenue, que ce soit dans l’attirance physique ou dans un registre plus comique, est par ailleurs très convaincante.
Hans Canosa, en choisissant ce procédé, a réussi à éviter les écueils à la fois des comédies romantiques et des films se basant uniquement sur un effet de style. Il parvient à sublimer la poétique et le comique d’un récit simple. Sans être un film très impressionnant,
Conversation(s) avec une femme est une comédie romantique très agréable à regarder. L’effet de style du split screen sert le récit et permet de faire de Conversation(s) avec une femme un délicieux moment de cinéma romantique.