Critique : Bled Number One

Critique : Bled Number One

Le personnage de Kamel de Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? retourne en Algérie dans Bled Number One, réalisé par Rabah Ameur-Zaïmeche.


Après l’étude remarquée des cités françaises et des problèmes de réinsertion des anciens prisonniers dans Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ?, Rabah Ameur-Zaïmeche, scénariste, réalisateur et acteur de ses films, change de territoire puisqu’il transporte son personnage en Algérie. Tout juste arrivé dans un village isolé, Kamel se confronte à ce milieu. Le côté folklorique semble tout d’abord lui plaire. Bled Number One commence ainsi sur une sorte de faux documentaire ethnologique où le personnage fictionnel, qui est incarné par le réalisateur lui-même, se laisse guider par de vrais villageois. On sent alors une histoire d’amour pointer le bout de son nez entre Kamel et Louisa, la sœur d’un de ses amis. Il faut l’avouer, aux premiers abords, le film fait vraiment peur. Faux documentaire tourné avec une DV qui n’essaie pas de se cacher, on ne trouve comme filiation au rythme lent et à l’ambiance que le cinéma d’Abbas Kiarostami, assez insoutenable.

Bled Number One
Toutefois, Rabah Ameur-Zaïmeche se différencie de son compère iranien en faisant rentrer en force la fiction dans ce simili documentaire. Le traitement de la première partie prend alors tout son intérêt. L’objectivité documentaire devient une froideur glaçante devant la vague de violence. Tout un passage assez hard montre la peur que fait régner une minorité d’extrémistes sur le village et le traitement hypocrite des femmes en général. Le réalisateur évite toutefois l’explicitation inutile de la violence et arrive à trouver une formule qui sert à merveille le propos mais aussi le film en tant qu’œuvre esthétique. S’il ne renie pas un espace documentaire dû à la DV et à l’utilisation d’acteurs amateurs, il se libère peu à peu de cette contrainte et surprend son public par son ambition. L’objectivité d’un son non retravaillé devient hypnotique par l’absence de dialogues et par l’omniprésence de bruitages.

Bled Number One
Tout comme un Gaspard Noé avec Irréversible, un passage assez choquant sur la société est nécessaire pour arriver à une partie plus humaniste et optimiste. Le récit se libère en même temps que ses personnages. Tout ce qu’avait prévu le spectateur s’effondre petit à petit, le scénariste révélant au fur et à mesure ses intentions originelles. Le réalisateur renforce cette impression en filmant les personnages de loin, sans qu’on les entende. Rabah Ameur-Zaïmeche nous livre un cinéma contemplatif poétique voire onirique dans son utilisation de la musique notamment et montre qu’il sait aussi faire un cinéma esthétiquement beau. Lorgnant même sur du Last Days, il n’évite toutefois pas les défauts de ses qualités. Quelques longueurs sont ainsi forcément présentes. Servant ses thématiques avec force et justesse, livrant un propos humaniste et optimiste, Rabah Ameur-Zaïmeche réalise un film d’auteur ambitieux et d’une étonnante maîtrise. S’il perd parfois le spectateur, il s’agit juste d’une question d’habitude par rapport à son style si particulier.
 
Publié le 10/06/2006 par Yannick Gallepie

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Verdict
Malgré un démarrage difficile, Bled Number One est un film d’auteur surprenant qui nous confirme que Rabah Ameur-Zaïmeche est un réalisateur de tout premier ordre.
8/10



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