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Critique : Fragile |
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Ce fut le grand gagnant du dernier festival de Gérardmer, avec pas moins de 4 prix récoltés dont celui du prix du Jury et du prix 13ème rue… Fragile de l’espagnol Jaume Balaguero ne bénéficiera pourtant pas d’une sortie dans les salles françaises, mais sera disponible en DVD dès le 12 juin. Vous avez dit injuste ?
Amy, une infirmière au passé mystérieux, est nommée dans un hôpital pour enfant sur le point d’être fermé pour insalubrité. Elle se rapproche peu à peu d’une orpheline appelée Maggie, que la mucoviscidose a condamné. Une complicité naît entre Amy et la petite fille. Ensembles, elles vont devoir faire face à une force maléfique qui s’est emparée de l’hôpital et menace la vie des enfants.
Le troisième long-métrage du metteur en scène espagnol s’ouvre sur une scène d’épouvante feutrée et cruelle, où les os d’un petit garçon éclatent comme du bois mort, sous l’action d’une force invisible. Le ton est donné : Fragile sera une de ces histoires de fantômes, où les haines et les souffrances de l’enfance se transforment en créatures cauchemardesques. Le décor de l’hôpital nous plonge immédiatement dans une atmosphère sombre et étouffante, bien que déjà vue cent fois. Dans le rôle de l’infirmière Amy, on retrouve la délurée Ally Mc Beal, ici transformée en petite créature blafarde, dont les yeux exorbités reflètent à merveille la lueur tremblotante des néons du service pédiatrie. Calista Flokhart traîne sa dépression humide d’un bout à l’autre du film avec une conviction contagieuse. Les décors qu’elle arpente sont à l’image de son personnage : d’une tristesse absolue. Sa performance est sans conteste l’un des points forts du film. Chétive et effacée, l’actrice américaine campe un personnage de femme névrosée et vulnérable, dévorée par la culpabilité, la peur des responsabilités, et le manque affectif.
Même si le jeu délicat de Calista Flokhart insuffle beaucoup d’émotion à l’intrigue, sa relation avec la petite Maggie peine à exister. La rencontre de ces deux êtres unis dans une détresse commune est touchante, mais ne décolle jamais. Au final, on a l’impression d’assister à une énième histoire entre un adulte perturbé et un enfant malade ; une recette éculée qui fit les grandes heures d’Urgences. Seul le final, troublant, réussit à nous surprendre sur le terrain du mélodrame. Beau, mais également frustrant car laissant apparaître ce que Fragile aurait du être : une triste et touchante histoire d’amour. Au lieu de ça, le film donne l’impression d’avoir déjà vu tout cela de nombreuses fois, et en mieux. Une triste impression, donc.
Il en va de même pour l’aspect fantastique du film. Si l’on excepte une scène d’ascenseur angoissante à souhait et un fantôme désarticulé totalement terrifiant, le reste est d’une banalité déconcertante. On est souvent à cheval entre les effets classiques mais efficaces (les craquements sinistres pendant la nuit) et le complètement tarte (« si vous voyez les fantômes, c’est que vous allez bientôt mourir »). Là aussi, il manque à Fragile le souffle qui l’aurait emmené ailleurs, plus haut. La comparaison avec d’autres mélodrames fantastiques est inévitable, et c’est un manque cruel de personnalité et de caractère qui fait sombrer le film de Balaguero.
On peut malgré tout saluer le travail d’orfèvre effectué sur le son (Fragile bénéficie d’une bande originale excellente), ainsi que la justesse des comédiens. Malheureusement, le film de Jaume Balaguero tient plus du pilote de série pour la Trilogie du samedi que du bon film d’épouvante. On quitte le film un peu triste et agacé… Vite vu, vite oublié, Fragile donne l’impression de s’être fait traverser par un spectre transparent et poussiéreux.
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Publié
le 10/06/2006 par Marguerin Le Louvier
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| Verdict |
L’ambiance élégante et glacée de Fragile ne le sauve pas de la catastrophe, notamment à cause d’un manque cruel de personnalité, et d’une accumulation désastreuse de tous les clichés du genre. |
4/10
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