Alors qu’il vient d’annoncer sa retraite, Zinédine Zidane est l’objet d’un documentaire expérimental couvrant les 90 minutes d’un match de football.
Quand un artiste d’art contemporain français (
Philippe Parreno) et un autre écossais (
Douglas Gordon) se demandant comment diffuser à très grande échelle du cinéma expérimental, ils ont tout d’un coup l’idée saugrenue d’un documentaire animalier d’un autre genre : filmer un footballeur lâché dans son milieu naturel. Les deux réalisateurs ont donc décidé de suivre Zinédine Zidane, déjà vu sur grand écran dans une scène mythique de
Goal. Heureusement cette fois, le meneur de l’équipe de France doit seulement jouer avec son ballon et ne surtout pas tenter de faire acteur. Se focalisant entièrement sur le français et abandonnant les autres stars du Real de Madrid, le documentaire se révèle toutefois loin de l’éloge ultime du footballeur. Pour la première fois, on suit un joueur sur 90 minutes et l’on comprend sa perception d’un match en entier. Zidane se transforme alors en héros moderne extrêmement faible voire impuissant. Il rate ce qu’il entreprend par moments, attend, n’arrive pas à se faire entendre, envoie quelques coups bas et paraît surtout très seul. Laissant une grande place aux hasards pour le récit, Parreno et Gordon ont eu énormément de chance. En effet, loin de donner une leçon de football dont l’intérêt aurait été limité, Zidane a passé un mauvais match, marquant le film de ses doutes. Les quelques fulgurances du dribleur n’en sont que magnifiées. Les deux réalisateurs s’effacent totalement. Les seules marques de leur présence sont des sous-titres faisant office de générique et parfois de narration ainsi qu’une suite d’images d’actualité à la mi-temps pour rappeler la relative importance du foot. Ces quelques interventions dans leur ton rappelle
Chris Marker, la référence de la rencontre entre documentaire et cinéma expérimental.
En effet,
Zidane, un portrait du XXIe siècle est avant tout un travail expérimental bénéficiant d’une sortie cinéma grâce à la notoriété de son sujet, ce qui déroutera à coup sûr bon nombre de spectateurs venus voir un match sur grand écran. Dès le magnifique et hypnotique générique, les réalisateurs affirment leur ambiance visuelle. Le reste du film est un charmant jeu de flou. Libérée de la contrainte de la lisibilité du jeu, la réalisation colle au plus près de Zidane.
Darius Khondji, directeur de la photographie réputé pour son travail sur les
Caro et
Jeunet et sur les
Fincher, livre ici du grand travail. Le jeu de lumière frôle parfois le cinéma abstrait, montrant ainsi la filiation directe avec le cinéma expérimental. Les quelques mouvements où Zidane court donne un superbe effet de dédoublement du public en fond et transmet une réelle magie à ses mouvements. En ce qui concerne le son, le résultat est aussi de haute volée. Le mixage est parfait, saisissant même la voix des joueurs. La musique de
Mogwai participe activement à l’effet hypnotique et à la dramatique du récit. Le problème, c’est que le spectateur finit aussi par se déconcentrer, le film pâtissant un peu de la longueur d’un match de foot. Toutefois, de courtes phases de décrochement ne nuisent pas au film puisqu’il ne contient pas de récit à proprement parler et que la rythmique est celle du hasard. Une œuvre originale et esthétiquement superbe, qui nous livre une vision inédite et inattendue de l’un des plus grands artistes du ballon rond, Zinédine Zidane.