|
Critique : Volver |
 |
|
Après l’ouverture du Festival de Cannes en 2004 avec La Mauvaise éducation, Pedro Almodovar revient sur la croisette avec Volver.
Volver est réellement le film des retours. La surprise est de revoir Penelope Cruz, égarée sur des plateaux hollywoodiens, à l’affiche d’un Almodovar dont elle n’avait pas croisé la route depuis Tout sur ma mère en 1998. Le second retour est celui du réalisateur vers les personnages féminins qui ont marqué l’immense majorité de sa carrière et vers une esthétique plus proche de ses œuvres des années 90. Une histoire de femmes donc où l’on découvre deux sœurs, Raimunda et Sole, accompagnées de la fille de cette première pour une visite dans leur village d’origine. Après un rapide passage chez la tante Paula, tout semble revenu dans l’ordre pour ces nouvelles madrilènes. Mais les morts simultanés de la tante et du mari de Raimunda, tué par sa fille alors qu’il essayait d’abuser d’elle, bouleversent aussi bien leur futur que ce qu’elles croyaient savoir de leur passé.
Variation dans un même monde, Volver fait du nouveau avec du vieux. C’est avec plaisir que l’on retrouve le ton si particulier d’Almodovar ou de l’éternelle Chus Lampreave. Le réalisateur espagnol nous surprend toutefois en multipliant les fausses pistes et en faisant vaciller son film entre le polar assez drôle et le drame sentimental fantastique. Lorsqu’il revient des sentiers déjà balisés par ses anciens films, ce n’est que pour mieux nous surprendre en livrant ce qui peut être considéré comme son œuvre la plus émouvante. Sa capacité à écrire des rôles féminins, à diriger et filmer ses actrices est toujours aussi impressionnante. Pedro Almodovar a retrouvé ses comédiennes et c’est assurément une bonne nouvelle pour lui. Volver leur doit assurément beaucoup. Carmen Maura et Chus Lampreave sont à leur niveau habituel dans les films d’Almodovar, c’est-à-dire excellent. On redécouvre Penelope Cruz, qu’on avait oublié si bonne actrice, ce qui ne fait que rajouter à sa beauté. Elle campe un rôle de femme au bord de la crise de nerfs, mais qui assure malgré tout et quoi que cela lui coûte. Son duo en opposition avec le rôle de Lola Duenas et sa retenue totale fonctionne à merveille.
Toujours soutenu par la musique d’Alberto Iglesias, Pedro Almodovar fait des merveilles à la caméra. Si ses talents de scénariste font qu’on ne s’ennuie jamais pendant les dialogues, il se permet d’aller chercher le sublime du point de vue esthétique. Usant de ses effets avec parcimonie pour les plus rendre encore plus puissants, il gère la superposition, la plongée totale et les plans obliques avec talent. La gestion des couleurs est superbe, rappelant les films d’Almodovar de la première moitié des années 90. D’ailleurs, le personnage de Penelope Cruz semble tout droit sorti de cette période, avec des coupes de cheveux kitsch tout à fait assumées. Ce cinéaste si particulier et nécessaire qu’est l’espagnol a donc encore quelques réserves et les spectateurs, aussi bien femmes que hommes, ne devraient pas s’en plaindre. Jamais faire la vaisselle n’aura été une activité aussi réjouissante.
|
| |
|
Publié
le 23/05/2006 par Yannick Gallepie
|
| Verdict |
Peut-être le film le plus émouvant de Pedro Almodovar. Une réussite esthétique et scénaristique de plus à mettre au compteur de l’espagnol. |
8/10
|
|
|
|