Changement de registre radical pour Kim Jee-woon qui, après deux films d’épouvantes, s’attaque au thriller noir dans le milieu des gangsters avec le magnifique A bittersweet life.
On avait laissé
Kim Jee-woon détenteur d’un Grand Prix de Gérardmer 2004 pour
Deux sœurs, qui confirmait après le segment réalisé pour
3 histoires de l’au-delà le goût du cinéaste pour les plans travaillés au millimètre.
A bittersweet life ne déroge pas à la règle et va même plus loin. Si le changement de registre (passage du fantastico-horrifique au thriller nerveux) peut sembler surprenant, le traitement au contraire apparaît comme la prolongation logique du travail de
Kim Jee-woon. Là où les plans ultra léchés de
Deux sœurs apparaissaient parfois comme un exercice de style un peu vain, ceux de
A bittersweet life sont simplement parfaits. Mais ils sont surtout au service de l’histoire racontée, fort simple au demeurant. Pour rappel : le bras droit d’un chef de gang est chargé par ce-dernier de surveiller sa jeune maîtresse qu’il soupçonne de lui être infidèle et lui donne l’ordre de l’abattre, elle et son amant, si les faits s’avèrent réels. L’homme de main la surprend en flagrant délit, mais à la dernière seconde n’ose pas passer à l’acte. Un scénario classique qui donne toute sa valeur à la mise en scène, puisque celle-ci le transcende considérablement. Difficile pour le coup d’oublier les travellings suivant le personnage principal (
Lee Byung-hun) dans les dédales de couloirs de ce grand hôtel, ou bien encore ces images urbaines nocturnes absolument magnifiques.
Mais
Kim Jee-woon se révèle également très bon pour filmer des scènes d’action étonnamment brutales, voire bestiales. Le déchaînement de violence du personnage de
Lee Byung-hun contre ses tortionnaires dans une cabane abandonnée est ainsi époustouflante de cruauté. Un combat à mains nues monumental où les hommes prennent ce qui leur tombe sous la main pour mettre l’autre en pièces, au sens propre !, suivis par une caméra hagarde et sans complaisance. Mais le cinéaste sait aussi se faire élégant, et la fusillade finale, quoique sanglante, est visuellement irréprochable de finesse et de rigueur.
Lee Byung-hun quant à lui, se révèle tout simplement parfait dans le rôle de Sun Woo. Du plus haut de la grandeur de son personnage jusqu’au plus profond de sa déchéance (le violent passage à tabac par les hommes de son chef), ce jeune acteur coréen, aperçu dans
Locataires et
3 extrêmes, apparaît comme une révélation magistrale. Il y a du
Donnie Yen dans son élégance froide et sa beauté glaciale, mais aussi la sauvagerie animale d’un
Choi Min-sik en lui !
Lee Byung-hun est un nom dont on devra probablement se rappeler.
Malheureusement, le film comporte un défaut majeur. En effet, on pense forcément beaucoup à
Old Boy de par cette histoire de vengeance implacable. Voire même (un comble !) à
Kill Bill : Volume 1 pour ses scènes de massacre sur fond de musique de western. Des références trop lourdes et trop mal assumées pour que
A bittersweet life s’en détache et en soit parfaitement indépendant. On voit alors se profiler des scènes étrangement familières : le héros se défoule en cassant la gueule (il n’y a pas d’autres mots !) à de jeunes imbéciles, se transforme en machine à tuer, sort de terre après avoir été enterré vivant, sans compter ce final dans un hôtel luxueux et le massacre qui l’accompagne. Pourquoi ne pas avoir misé la carte de l’originalité, dont on sait
Kim Jee-woon tout à fait capable ? D’autre part, la réalisation pourtant si mâture et si précise du cinéaste cède parfois à des maladresses de débutant, comme ce plan d’introduction naïf voire presque niais. C’est bien dommage, car ce sont précisément ces détails qui empêchent
A bittersweet life de se différencier d’un certain nombre de productions coréennes de qualité. On n’est pas passés loin du grand film. Dommage que Kim Jee-woon ne parvienne pas à s’extraire d’un certain carcan mais il nous livre là un thriller noir, violent, impeccable et implacable, réalisé de main de maître et interprété par un futur grand.