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Critique : Wassup rockers |
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Quatre ans après Ken Park, le réalisateur Larry Clark revient avec son film le plus lumineux et le plus tendre; une fable politique et érotique sur le métissage des identités dans les grandes villes américaines.
Jonathan et ses frères sont une bande d’adolescents latinos vivant dans le ghetto sud de Los Angeles. Dans ce quartier où la population est en grande majorité noire et où la norme est d’écouter du hip-hop et de porter des survêtements, ils se forgent une identité en écoutant les Ramones, en laissant pousser leurs boucles noires de métèques et en portant des jeans trop petits. Un matin, à la recherche d’un coin tranquille pour faire du skate, ils décident de prendre le bus vers les quartiers chics de Beverly Hills... Oubliez la réputation sulfureuse voire morbide de Larry Clark. Sans laisser de côté ses thèmes de prédilection, le réalisateur opère avec Wassup rockers un virage à 180° dans la façon de les traiter, optant pour la comédie, et pour une approche lumineuse et tendre de l’adolescence. Sa fascination pour cet âge de la vie est à mettre en parallèle avec celle de Gus Van Sant. Mais là où l’auteur d’Elephant cristallise ses éphèbes dans un angélisme lisse, Larry Clark privilégie une esthétique des corps inachevés et une vision quasi-Cronenbergienne de l’adolescence- âge de transformation et de mutation- qui n’est pas sans rappeler celle d’Anthony Cordier dans son sublime Douche Froide. De la première scène, érotique en diable, à la dernière image, jamais la caméra de Larry Clark ne perd de vue les sept adolescents. Qu’elle s’attarde avec malice sur un téton orné d’un unique poil, ou qu’elle nous fasse profiter du spectacle ahurissant (sans qu’on sache vraiment pourquoi) de ces gamins se jetant des escaliers avec leurs planches, tout est mis en œuvre pour les magnifier et leur donner l’éclat des plus belles icônes adolescentes.
Il y a quelque chose de Magique dans la manière qu’a Larry Clark de filmer Jonathan et ses frères. A chacune de leurs apparitions, la pellicule semble littéralement s’embraser, se consumer de passion. Larry Clark savoure chaque détail et chaque défaut de ces ados somptueux : un duvet encombrant, un jean trop serré à l’entrejambe, des voix éraillées en pleine mue…Dans certaines scènes, la tension sexuelle est telle que personnages et spectateurs manquent d’exploser comme des flacons de nitro sous le séisme de la mise en scène. Pour en revenir à Gus Van Sant, Wassup rockers bat souvent Last Days sur son propre terrain. Soutenues par une BO énervée et en symbiose totale avec les images, certaines séquences tiennent du génie : le rassemblement en skate le matin, la répétition, et bien sûr le final, mélancolique et somptueux. Contrairement à Last Days, Wassup rockers est rarement caricatural, et trouve toujours l’équilibre de la justesse.
Après une première partie réaliste et brillante, l’escapade de la bande à Berverly Hills transforme leur histoire en véritable Odyssée. Le film prend alors un ton terriblement drôle et burlesque, mais aussi effrayant et émouvant. Malgré la violence de certaines situations, Larry Clark défend avec rage l’insouciance et l’innocence de ses personnages, quitte à aborder la ségrégation raciale, la lutte des classes et la violence à la manière d’un conte (la méchante sorcière brûlée vive dans sa baignoire, un ersatz abject de Charlton Heston dans le rôle du Loup). Ce détachement étrange et enfantin prend fin lorsque la bande s’échappe des quartiers huppés, emmenant le film vers un final bouleversant, entre gravité et onirisme. En dévorant les corps bouillonnants et inachevés de ces adolescents, en magnifiant chacune de leurs maladresses, en saisissant la rage punk et adolescente qui les animent, Larry Clark a réalisé le film le plus tendre, le plus romantique et le plus passionné qui soit.
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Publié
le 05/05/2006 par Marguerin Le Louvier
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| Verdict |
Wassup rockers est une comédie sociale passionnante et drôle, mise en scène par un Larry Clark fou d’amour pour ses acteurs. Une splendeur ! |
9/10
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