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Critique : Silent Hill |
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Réalisé en étroite collaboration avec les créateurs du jeu vidéo mythique, ce projet était attendu avec une fébrilité inédite, de la part des fans de la ville fantôme mais aussi de la part de cinéphiles qui ont cru deviner, à travers une bande-annonce et une série d’affiches spectaculaires, un film d’horreur au potentiel énorme.
Dans l’espoir de guérir sa fille Sharon, victime de crises de somnambulismes suicidaires, Rose l’emmène à Silent Hill, un lieu que l’enfant évoque dans ses cauchemars. Mais la ville est sous l’emprise d’une force diabolique, dont Sharon va être la proie… Autant le dire tout de suite : tous les points positifs du film sont des éléments tirés du jeu vidéo. Visuellement d’abord : Silent Hill est une claque. Christophe Gans a mis en œuvre une reconstitution minutieuse et passionnée de l’univers graphique du jeu, un univers d’une grande richesse, mêlant les délires baroques d’un Lovecraft et l’épouvante contemporaine d’un Stephen King. Le travail sur les textures est absolument éblouissant. Poussières, débris, cendres, craquelures : la ville démoniaque est la vraie star du film. Bichonné et maquillé jusqu'à la maniaquerie, Silent Hill est un décor fabuleux, une ville fantôme vibrante. Hélas, les transformations numériques donnent parfois l’impression de voir un gros nougat dégouliner de l’écran… Les monstres ensuite. Le bestiaire macabre de Silent Hill est réellement impressionnant, mais malheureusement les sensations de fascination et de répulsion n’ont pas survécu au transfert sur pellicule. Malgré tout, et même si sa présence n’est pas vraiment justifiée, pouvoir admirer Pyramid Head en chair et en os est une véritable jouissance. Mais on nous a promis de la peur, de la terreur… Où trouver ces sensations dans le film de Christophe Gans ? Encore une fois, c’est le décor qui assure en grande partie le quota de frissons de Silent Hill. Il y a quelque chose d’angoissant et d’oppressant dans cette ville qui semble avoir été arrachée à notre planète, et qui flotte maintenant dans un cosmos infini de brouillard et d’encre. Enfin, comment ne pas parler de la superbe musique de Silent Hill, toute en mélodies trip-hop et piano mélancolique, qui donne un charme fou au long-métrage.
Une fois remis du choc esthétique qu’est Silent Hill dans sa forme, on s’aperçoit alors de ce qui ne fonctionne pas dans cette adaptation, c'est-à-dire à peu près tout le reste. Le scénario n’arrive jamais à la cheville des méandres psychologiques et incroyablement tragiques du jeu, preuve une nouvelle fois de la difficulté d’adapter ce support sur grand écran. Mais la mise en scène enlevée et dynamique de Christophe Gans assure le divertissement, malgré l’incroyable fadeur des acteurs, peu aidés par des dialoguistes de séries Z. La plus à plaindre, c’est bien sûr Radha Mitchell, qui n’arrive jamais à faire exister son personnage. La voir s’effondrer en larmes sur le grillage rouillé nous plonge, hélas, dans une indifférence glaciale. Quant à Cybil, femme-flic aux allures de créature numérique, elle pourrait tout simplement ne pas être de l’aventure qu’on ne verrait pas la différence. Le film s’embarrasse également d’une fatigante et inutile intrigue dans notre monde, où l’on suit la laborieuse quête d’indices du père.
Puis, lorsque Christabella arrive et son troupeau d’illuminés, Silent Hill sombre dans une ringardise à la fois savoureuse et embarrassante. Christophe Gans confirme sa réputation de réalisateur culotté, et ose des scènes totalement loufoques : Rose se vautre dans à peu près tous les éléments du décor, Dahlia se reçoit des cailloux sur la tête, puis se prend une bûche… Cette avalanche de gags involontaires culmine en une scène ahurissante qu’on jurerait empruntée aux Monthy Python, où Rose tente de résonner une foule de barjots pyromanes, tout en se recevant de méchants coups de poings à chacune de ses phrases…
Le peu de mystère et d’étrangeté qui restait à Silent Hill s’évapore rapidement. Christophe Gans montre trop, explique trop, notamment en braquant un énorme projecteur de lumière blanche sur les zones d’ombres qui faisaient tout l’intérêt de cette mythologie. Puisqu’il faut fournir des réponses aux spectateurs, le metteur en scène ne nous épargnera pas une épuisante scène explicative dont le prétexte en dit long : « Bravo, maintenant tu as le droit de savoir la vérité ! ». Quand arrive le final, granguignolesque, on ne sait plus trop quoi penser de Silent Hill... Dans les dix dernières minutes qui lui restent, Christophe Gans joue la carte de la surenchère gore en orchestrant un massacre complètement hystérique, à la fois cruel et cartoonesque.
Dix minutes de bonheur immédiat et idiot, même si on a très vite l’impression d’avoir assisté, depuis bientôt deux heures, à une sinistre parodie du jeu vidéo… Une impression détestable quand on connaît la noirceur envoûtante et très premier degré de Silent Hill le jeu, chef d’œuvre d’intelligence à la mythologie inoubliable. Christophe Gans en a recopié bêtement mais soigneusement la superbe forme, en oubliant hélas son passionnant contenu : une source pourtant inépuisable d’intrigues empoisonnées et de tragédies infernales… D’émotion, il ne sera jamais question, une carte qu’aurait pourtant pu jouer Christophe Gans. Mais Silent Hill est finalement devenu autre chose, un divertissement horrifique plaisant, une friandise macabre très pop, mais dont on ne pariera pas trop sur la longévité.
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Publié
le 02/05/2006 par Marguerin Le Louvier
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| Verdict |
A des années lumières de la ténébreuse saga vidéoludique, Christophe Gans met en scène un divertissement baroque et parfois loufoque, navigant entre une outrance esthétique réjouissante et un kitsch absolu. La réussite n’est pas là où on l’attendait, mais le plaisir est là ! |
6/10
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